La CNR est engagée dans une vaste dynamique de modernisation touchant aussi bien la revalorisation des pensions que la digitalisation des services et l’amélioration de la prise en charge des retraités.
Lors de son intervention au forum d’El Moudjahid, le directeur général de la Caisse nationale des retraites (CNR), Abdelhafid Adrar, a présenté un vaste programme combinant soutien financier, numérisation des démarches administratives et accès aux facilités aux services bancaires. La mesure phare de ces dernières semaines de la CNR concerne la revalorisation annuelle des pensions de retraite. Une enveloppe exceptionnelle de 88 milliards de DA a été mobilisée afin d’assurer l’augmentation des pensions au profit de plus de 3,5 millions de retraités à travers le pays.
Cette opération a touché principalement les personnes parties à la retraite avant mai 2025, les nouveaux retraités de l’année 2026 bénéficieront également de cette mesure à partir du mois de mai prochain. Notre invité a expliqué que cette revalorisation repose sur trois critères fondamentaux. « Premièrement, il s'agit d'un droit légal reconnu aux retraités par la loi 83-12 relative à la retraite, qui impose à l'État de réévaluer périodiquement les pensions et allocations.
Le deuxième critère concerne les capacités financières de l'État, tandis que le troisième vise à garantir la pérennité du système national de sécurité sociale», a-t-il détaillé, soulignant que le taux d'inflation officiel s'établit à 1,7%, ce qui met en évidence «l'effort considérable» consenti par l'État avec des augmentations allant bien au-delà de ce taux. Le DG de la CNR a relevé que ces augmentations ne concernent pas uniquement les retraités, mais touchent aussi les titulaires d'une pension d'invalidité servie par la CNAS, la Caisse nationale des assurances sociales, et la CASNOS, la Caisse nationale de sécurité sociale des non-salariés.
Au-delà de l’aspect financier, la CNR souhaite également renforcer l’intégration économique des seniors. Dans cette optique, une convention de partenariat a été conclue avec la Banque de développement local, afin de permettre aux retraités d’accéder plus facilement aux crédits bancaires. Désormais, ces derniers pourront solliciter des prêts à la consommation, notamment pour l’achat d’un véhicule, ainsi que des financements destinés à des projets immobiliers. Les offres proposées incluent aussi bien des crédits classiques que des financements islamiques de type «Mourabaha», avec des délais de traitement réduits.
Parallèlement à toutes ces mesures, la transformation numérique constitue l’un des axes majeurs de cette réforme, selon Adrar. La CNR ambitionne de mettre en place un système entièrement dématérialisé reposant sur le principe du «zéro papier». Une phase expérimentale de la signature électronique a déjà été lancée dans la wilaya de Bordj Bou-Arréridj, avant une généralisation progressive à l’échelle nationale, prévue au cours du troisième trimestre de l’année. L’application mobile «Takaoudi» représente également une avancée importante dans la simplification des procédures administratives. Grâce aux technologies de reconnaissance faciale, les retraités peuvent désormais confirmer leur certificat de vie et actualiser plusieurs documents administratifs directement depuis leur domicile, évitant ainsi de longs déplacements souvent difficiles pour les personnes âgées.
La modernisation engagée par la Caisse ne se limite pas aux retraités actuels. Les futurs pensionnaires pourront eux aussi suivre leur carrière professionnelle à distance, via un espace numérique personnel, leur permettant de vérifier la régularité de leur dossier avant leur départ à la retraite. À travers ces différentes initiatives, la CNR cherche à dépasser son rôle traditionnel de simple organisme de paiement des pensions. L’institution ambitionne désormais de devenir un acteur central de l’accompagnement social des seniors, en contribuant à l’amélioration de leur qualité de vie et à leur intégration dans une société de plus en plus numérisée. Abordant l’équilibre financier de la caisse de retraite, l’invité du Forum se veut rassurant et affirme que la santé financière de la CNR s’améliore de plus en plus et que l’État veillera toujours à la pérennité du système de retraite face au déséquilibre entre cotisation et retraités.
F. L.
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Retraite anticipée : «Ce n’est pas à l’ordre du jour pour l’instant»
Le dossier de la retraite sans condition d’âge avance. Le directeur général de la CNR affirme que la commission technique chargée d’identifier les métiers dits « très pénibles » permettant d’ouvrir droit à un départ à la retraite avant l’âge légal continue son travail dans la sérénité. Hafid Adrar précise que cette commission œuvre actuellement sur l’élaboration d’une liste précise, basée sur des critères scientifiques et techniques rigoureux. « Ce dossier, de par sa complexité, nécessite une approche minutieuse et une large consultation », dira-t-il, indiquant que la commission se compose de représentants de la Fonction publique et du secteur de la Santé, des représentants des employeurs et des travailleurs et d’experts spécialisés en médecine du travail.
« Le secteur travaille sur une étude approfondie en coordination avec toutes les instances compétentes afin de recueillir des données précises, indispensables à la finalisation de ce texte réglementaire », a affirmé le DG de la CNR, qui a toutefois tenu à rappeler le cadre législatif actuel. Il a réitéré que le système de retraite proportionnelle et de retraite sans condition d’âge mis en place comme mesure exceptionnelle durant une période économique spécifique a été officiellement abrogé par la loi 16-15 du 31 décembre 2016. Depuis cette réforme, la règle de base demeure le maintien de l’âge légal de départ à la retraite fixé à 60 ans. L’introduction de cette future liste des travaux pénibles constituera donc l’unique dérogation légale permettant un départ anticipé sous conditions spécifiques.
F. L.