« (… ) on ne le devient pas par hasard », c’est par cette formule que le patron de l’UGTA, Amar Takdjout, s’est exprimé, hier, lors de son passage au rendez-vous «Forum d’El Moudjahid», pour évoquer ce qu’il appelle une dégradation du syndicalisme au fil des années. Pour M. Takdjout, plusieurs questions interpellent...
Des questions d’une importance capitale « ne sont pas évoquées ». Il s’agit notamment de la « santé mentale au travail » ; des « problèmes moraux des travailleurs ». M. Takdjout constate que « dans le syndicalisme, le matériel a pris le dessus » et « le moral a perdu son sens philosophique ». Pourtant, relève-t-il, « l’intérêt moral figure dans le préambule de l’UGTA ». De la déception, oui.
De la frustration, aussi. Mais, le patron de l’organisation syndicale s’est dit favorable au dialogue, un dialogue qu’il veut « constructif ». A ses yeux, « il faut ouvrir des chantiers ». Le rôle de syndicat, dit-il, est de discuter, de débattre et de tenir des tables rondes. Rejetant toute « politique de l’autruche », M. Takdjout estime qu’il est grand temps de mettre sur la table des questions quoi sont débattues à l’échelle internationale. « L’économie de la parole ne peut en aucun cas être bonne », souligne l’invité d’El Moudjahid.
Cette régression du syndicalisme, M. Takdjout l’a constaté, d’abord, à l’UGTA. « Au sein de notre organisation, il n’y pas de la résistance, mais de la négligence ». S’appuyant sur une « conscience minime », M. Takdjout ne perd pas espoir, et compte avancer. « Je fais de la pédagogie, j’appelle, j’interpelle, j’interroge...» Ce ne sera pas une simple sinécure. M. Takdjout en est conscient. Avancer est une démarche qui est tributaire d’une série de conditions. La question centrale, argumente le patron de l’UGTA, est « de ne pas avoir la hantise de la parole : parler, proposer, oser…» Dans son propos, il a fait une rétrospective lointaine qui l’a menée à une époque où « le syndicalisme avait tout de noble ». Aujourd’hui, cette activité « a perdu son âme ».
Au sujet des pressions, l’invité d’El Moudjahid affirme que « c’est le rôle du syndicat de préparer cet espace de travail, où on doit s’épanouir et venir au travail avec plaisir et non avec une boule d’angoisse ». S’attardant sur les dysfonctionnements qui rongent le syndicat, M. Takdjout estime que la formation requiert une importance capitale au même titre que la numérisation. Dans cette optique, il a relevé, avec beaucoup de regrets, la non-adhésion à la mise en place d’un centre de formation répondant aux exigences mondiales.
F. I.
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Cap sur une transformation en profondeur
L’UGTA amorce une nouvelle phase de son évolution organisationnelle. Un document interne a été élaboré dans le cadre d’un vaste chantier de réforme visant à « renforcer la liberté syndicale et à élargir son champ d’application ». Cette initiative s’inscrit dans un contexte de transformation profonde du monde du travail, marqué par l’émergence de nouveaux métiers, l’extension du secteur privé, la numérisation des activités et les mutations économiques. Face à ces défis, la Centrale syndicale entend revoir son mode de fonctionnement et adapter le cadre juridique régissant l’exercice du droit syndical.
Parmi les orientations évoquées, les propositions viseraient à faciliter la création et l’implantation de structures syndicales dans les secteurs émergents et les petites et moyennes entreprises, souvent peu couvertes par l’action syndicale traditionnelle. L’objectif affiché est d’assurer une meilleure représentativité des travailleurs, y compris ceux exerçant dans des formes d’emploi atypiques. Le document, déposé auprès du ministère du Travail, prévoit également un renforcement des garanties liées à l’exercice du droit syndical, notamment en matière de protection des représentants des travailleurs, de transparence dans les processus électifs internes et de clarification des critères de représentativité. Au-delà de l’aspect juridique, ces propositions traduisent une volonté de moderniser la gouvernance interne de l’UGTA. Cette réforme du fonctionnement interne est perçue comme un levier essentiel pour redonner dynamisme et crédibilité à l’organisation.
Les amendements proposés s’inscrivent également dans une logique de consolidation du dialogue social. L’UGTA cherche à affirmer son rôle de partenaire dans les concertations économiques et sociales, tout en élargissant son champ d’intervention aux enjeux contemporains tels que la transition énergétique, la protection sociale et la préservation du pouvoir d’achat.
F. L.
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Non-application de décisions de justice : « C’est un mépris inacceptable »
Dans une déclaration au ton exceptionnellement virulent, Amar Takdjout a exprimé sa colère et sa profonde déception face à la non-application répétée des décisions de justice en faveur des travailleurs. Le secrétaire général de l’ UGTA n’a pas mâché ses mots et a dénoncé ce qu’il a qualifié de « mépris inacceptable » et de « dérive dangereuse » consistant à ignorer des jugements définitifs rendus par les tribunaux. « Lorsqu’une décision de justice est prononcée au nom du peuple, elle doit être appliquée. La contourner ou la retarder délibérément, c’est piétiner l’État de droit et humilier les travailleurs concernés », a-t-il martelé avec indignation. Takdjout a fustigé des pratiques qu’il considère comme « scandaleuses » et « moralement indéfendables », accusant certaines administrations et entreprises de se placer « au-dessus des lois ». Selon lui, le refus d’exécuter des décisions judiciaires favorables aux salariés constitue une atteinte grave à la crédibilité des institutions et un signal désastreux envoyé à l’ensemble du monde du travail. Le ton est monté d’un cran lorsqu’il a évoqué les conséquences humaines de ces blocages : familles privées de salaires rétablis par jugement ; travailleurs réhabilités sur le papier mais toujours exclus dans les faits. « Ce n’est pas seulement une question juridique, c’est une question de dignité. On ne joue pas avec la vie des gens. On ne bafoue pas impunément leurs droits », a-t-il lancé, visiblement exaspéré. Le responsable syndical a également insisté sur la détermination de l’organisation à utiliser « tous les moyens légaux et syndicaux » pour contraindre au respect des décisions de justice. « Nous n’accepterons plus les promesses creuses ni les manœuvres dilatoires. L’application des jugements n’est pas une faveur, c’est une obligation », a-t-il déclaré d’un ton ferme. Cette sortie musclée traduit une crispation croissante au sein de l’UGTA face à ce qu’elle considère comme une remise en cause des acquis judiciaires des travailleurs. Pour Takdjout, il en va de la crédibilité même des institutions : « Un pays qui ne respecte pas ses propres décisions de justice sape ses fondements. Nous refusons que les travailleurs soient les victimes silencieuses de ces défaillances. » Par cette prise de position sans concession, le leader syndical entend mettre la pression sur les autorités concernées et replacer la question du respect des jugements au cœur du débat social.
F. L.
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16 milliards de centimes de dettes effacés
Présentant un premier bilan de ses deux ans à la tête de l’UGTA, Amar Takdjout annonce avoir « effacé en totalité, et assaini 16 milliards de dettes ». Dans son propos, le même responsable affirme que lors de sa prise de fonctions, « il a trouvé une section syndicale endettée, déstructurée, sans objectifs ». Ayant pris les choses en main, M. Takdjout affirme, non sans fierté, que la restructuration a atteint 80% pour le renouvellement des instances horizontales ou verticales ». Affirmant que « l’UGTA a longtemps vécu à crédit », l’invité d’El Moudjahid affirme aussi avoir trouvé des espaces, des salles, dont la plus grande qui répond à une capacité de 1.500 places, carrément fermées ». Sans tarder, le réaménagement de tous ces espaces a commencé. La réception et la réouverture de ces infrastructures, annonce M. Takdjout, « interviendra probablement le 1er mai prochain ». Dans cette optique, il a indiqué qu’« une organisation sans espace de débat, est morte ». D’autre part, le patron de l’UGTA a déploré « les résistances farouches opposées au recours à la numérisation, pourtant gage de transparence, au sein de l’organisation syndicale ».
F. I.
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Une Tripartite prochainement
Répondant aux différentes questions des journalistes, Amar Takdjout a confirmé la tenue « probablement ces jours-ci » d’une réunion tripartite Gouvernement-UGTA-patronat. Explicite, il indique que « c’est une prise de contacts ». L’important, dit-il est le « contenu à mettre dans cette rencontre ». Affirmant sa préférence pour « le bilatéral », il cite le cas de la Belgique où un Conseil national du travail, composé de 67 membres du patronat et de syndicats avec une représentation de tous les secteurs, débat, à longueur d’années, du Code du travail, les mutations sociales et… l’application de la loi. Les conventions décidées collectivement « sont soumises au Gouvernement. C’est un cas que je trouve génial. C’est un mini-parlement entre employeurs et travailleurs». Pour la prochaine réunion, M. Takdjout énumère quelques sujets intéressants qui devraient être discutés, citant le marché de l’emploi, la relance économique... Lors de cette rencontre, « on doit commencer par structurer une assise de réflexion ensemble, permanent ou non, pour discuter à chaque fois que le besoin le dicte ». Quant à la priorité de l’UGTA, Takdjout affirme : « J’aime me retrouver avec les patronats, publics et privés, et parler des travailleurs, ex-syndicalistes qui ont gain de cause auprès des tribunaux mais dont la décision n’est pas appliquée ».
F. I.