Double anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures et de la création de l’UGTA – FM d’El Moudjahid, Amar Takdjout, SG de la centrale syndicale : «L’UGTA doit s’adapter à la nouvelle donne»

Ph.:T-Rouabah
Ph.:T-Rouabah

Pour la célébration du double anniversaire du 24 février, marquant la création de l’UGTA et la nationalisation des hydrocarbures, le secrétaire général de la Centrale syndicale, M. Amar Takdjout, invité, hier, du Forum d’El Moudjahid, a réaffirmé la nécessité d’inscrire l’action syndicale dans une dynamique de renouveau et de responsabilité.

«L’Algérie nouvelle que nous sommes en train d'édifier, nous exige de changer les méthodes de l'action syndicale», dit-il. Il a ajouté que «la mobilisation des travailleurs, pour relever les différents défis auxquels l'économie nationale est confrontée, nous impose de procéder à des réformes dans l'UGTA et des diverses fédérations qui lui sont affiliées». Le secrétaire général de l’UGTA est revenu sur ces reformes et sur les propositions que prépare la Centrale syndicale, pour amender la loi 23 02 relative à l’exercice du droit syndical, et a détaillé pour nous les grandes orientations envisagées, pour renforcer l’organisation et la représentativité des travailleurs.

Selon M. Takdjout, l’UGTA travaille, depuis plusieurs mois, sur la rédaction d’une série de recommandations destinées à améliorer l’impact de la loi 23 02. «Nous avons organisé une réflexion entre syndicalistes, qui aboutit à des propositions qui ont déjà été transmises au gouvernement, et plus précisément au ministère du Travail», explique-t-il, précisant que l’amendement d’une loi reste un exercice complexe nécessitant vision et adaptation. «Nos propositions portent sur une multitude de points, et notamment sur l’organisation interne (des syndicats, ndlr)», a-t-il estimé.

Actualisation des statuts de l’UGTA d’ici à la fin du mois de Ramadhan

Parmi les priorités de la réforme, figure l’organisation des travailleurs indépendants, souvent absents des structures syndicales traditionnelles. «Des professions, telles que les plombiers, chauffeurs de taxis, conducteurs de bus ou de camions, ne disposent pas de cadre organisationnel permettant de poser leurs problématiques», souligne Takdjout. Selon le SG, il est nécessaire qu’ils puissent s’organiser, soit au sein de l’UGTA, soit dans des unions professionnelles, pour mieux faire entendre leurs revendications et contribuer à la structuration de leur secteur.

«Il n’est pas normal d’accorder des avantages, notamment des crédits, à des travailleurs qui ne sont pas structurés et pas identifiés ni économiquement ni socialement», dit M. Takdjout. Parallèlement, la Centrale prépare une actualisation de ses statuts, afin de mieux encadrer son fonctionnement interne et de combler certaines lacunes relevées au fil des années. «L’expérience nous pousse à penser qu’il y a encore quelques insuffisances à combler, mais ce travail sera vraisemblablement terminé d’ici à la fin du mois du Ramadhan», précise Takdjout.

Le diagnostic sans détour de Takdjout

Sur un autre chapitre et avec un ton empreint de désillusion, Amar Takdjout a reconnu sans détour que la baisse d’adhésion au sein de l’organisation traduisait avant tout «un manque de confiance» des travailleurs. Adoptant une expression inhabituellement grave, presque amère, M. Takdjout admet : «Nous devons avoir le courage de le dire : si certains travailleurs ne rejoignent plus l’UGTA, aujourd’hui, c’est parce qu’ils doutent. Ils doutent de l’efficacité, ils doutent de la capacité à changer les choses.» Une façon d’évoquer une crise de crédibilité qui ne peut plus être ignorée. Le responsable syndical a parlé d’une «fracture silencieuse» entre une partie des salariés et leurs structures de représentation.

Selon lui, ce désengagement ne résulte pas d’un désintérêt pour l’action syndicale, mais d’une déception accumulée au fil des années. «La confiance ne se décrète pas. Elle se mérite par des actes, par la transparence, par des résultats concrets», a-t-il souligné d’une voix posée, mais lourde de regrets. Takdjout a également pointé du doigt les résistances internes au changement, qu’il considère comme un frein majeur à la modernisation de l’organisation. Il a, notamment, insisté sur la nécessité d’accélérer la digitalisation des structures et des services syndicaux : «Nous ne pouvons pas continuer à fonctionner comme il y a trente ans, alors que le monde du travail s’est transformé en profondeur.» Selon lui, la transition numérique n’est pas un luxe, mais une urgence stratégique, plateformes d’adhésion en ligne, communication directe avec les travailleurs, gestion transparente des dossiers. Pourtant, a-t-il regretté, «chaque tentative de modernisation se heurte à des résistances, à des peurs, parfois à des intérêts établis». Dans un constat lucide, il a affirmé que l’UGTA devait «se réinventer ou s’affaiblir».

«Refuser la digitalisation, c’est refuser d’aller vers les jeunes travailleurs. C’est refuser de parler leur langage. C’est accepter de se marginaliser», a-t-il lancé, visiblement préoccupé. Malgré son ton désabusé, Takdjout a assuré que cette phase de remise en question était nécessaire. Il a appelé à une réforme interne profonde, fondée sur la transparence, la formation et l’ouverture. «Nous devons regagner la confiance perdue. Pas par des discours, mais par des changements réels», a-t-il conclu. Cette prise de parole marque un moment d’introspection rare au sommet de l’UGTA, où la reconnaissance des faiblesses s’accompagne d’un appel pressant à l’adaptation face aux mutations du monde du travail.

F. L.

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