Gardienne d’un patrimoine archéologique exceptionnel, Tiaret dévoile, à travers ses Djeddars, dolmens, gravures rupestres et sites historiques, une histoire plurimillénaire où se croisent civilisations berbères, royaumes médiévaux et grandes figures de l’islam maghrébin.
Nichée au cœur de l’Algérie, Tiaret est bien plus qu’une simple ville : elle est le témoin silencieux de civilisations anciennes et la gardienne de trésors archéologiques inestimables. Entre ses collines verdoyantes et ses paysages pittoresques, cette région recèle des vestiges qui racontent l’histoire complexe des Berbères, des royaumes médiévaux et des grandes dynasties. Les Djeddars, avec leurs pyramides à degrés, et les dolmens de Mechraâ Sfa sont des témoins d’une époque révolue, tandis que les gravures rupestres et les nécropoles de Columnata plongent les visiteurs dans un passé empreint de mystère. En parcourant ces sites emblématiques, on découvre non seulement l’architecture fascinante de ses monuments, mais aussi les récits des hommes et des femmes qui ont façonné cette terre. Aujourd’hui, le quotidien El Moudjahid vous invite à le suivre dans une exploration fascinante, guidée par un archéologue passionné, à la découverte des trésors archéologiques de cette région emblématique.
Les Djeddars sont des témoignages impressionnants de l’architecture funéraire préislamique
Nos premiers pas nous mènent aux Djeddars, ces majestueuses pyramides à degrés, qui s’élèvent fièrement sur les hauteurs du djebel Lakhdar. Ces monuments funéraires, construits entre les Ve et VIIe siècles, semblent murmurer les secrets d’un temps révolu. Mon compagnon et guide, l’archéologue Soufi M, me fait savoir que «les Djeddars sont des témoignages impressionnants de l’architecture funéraire préislamique. Chaque pyramide, conçue avec soin, abrite des chambres complexes destinées à des princes berbères. Leur architecture rappelle des mausolées royaux, tel que le Medracen à Batna». À l’intérieur, des inscriptions mystérieuses et des gravures d’animaux ajoutent une dimension intrigante à ces tombeaux. Qui étaient ces rois oubliés qui reposent ici ? Les Djeddars, avec leurs secrets, restent un mystère que les chercheurs continuent d’explorer. Les Djeddars, ensembles de pyramides à degrés bâties sur des fondations carrées, sont probablement des monuments dédiés à des princes berbères entre les VIe et VIIe siècles. Situés sur les hauteurs du djebel Lakhdar, près de Frenda, ces treize monuments funéraires préislamiques, datant des Ve et VIe siècles, sont surnommés les «Pyramides de Tiaret». Leur architecture remarquable, construite en pierre de taille, rappelle d’autres mausolées royaux de l’ancienne Numidie, comme le Medracen à Batna. Parmi les Djeddars, seuls trois (A, B et C) sont bien conservés, tandis que les autres sont en ruines. Ces tombeaux, destinés à des rois ou princes berbères, comportent des chambres funéraires complexes.
Les Dolmens de Mechraâ Sfa
À environ 25 km de Tiaret, nous découvrons les Dolmens de Mechraâ Sfa, un site mégalithique d’inhumation qui fascine les archéologues depuis plus d’un siècle. Sur place, l’expert en archéologie m’informe : «Ces monuments sont un véritable testament de l’ingéniosité humaine. Des fouilles passées ont révélé des squelettes, et une étude récente a permis d’identifier quatre nécropoles distinctes. Chaque dolmen raconte une histoire d’inhumation, d’ancêtres et de croyances anciennes». Ce site, relevé par l’archéologue Stéphane Gsell dans l’Atlas archéologique de l’Algérie, est riche en matériaux de construction et témoigne de l’importance de l’industrie lithique de la région. Les fouilles menées par le commandant Derrien, en 1883, ont révélé des squelettes, tandis que Gabriel Camps a réalisé une étude complète, identifiant quatre nécropoles distinctes sur ce plateau ondulé, culminant à plus de 500 mètres d’altitude. Les Dolmens de Mechraâ Sfa, monuments mégalithiques d’inhumation, suscitent l’intérêt des archéologues depuis plus d’un siècle. Ce plateau ondulé, culminant à plus de 500 mètres d’altitude, présente plusieurs abris sous roche et murailles défensives. Occupé depuis la préhistoire, ce site est riche en matériaux de construction et témoigne de l’importance de l’industrie lithique de la région.
Les Gravures rupestres de Mechraâ Sfa
Non loin, les gravures rupestres de Mechraâ Sfa nous plongent encore plus loin dans le passé. Datées de 1.000 à 6.000 ans avant notre ère, ces œuvres préhistoriques racontent l’histoire des premières populations humaines. Selon mon compagnon de route : «Ces gravures dévoilent les relations entre les humains et les animaux de leur époque. Le site est en attente de son statut de monument national, et nous espérons qu’il attirera bientôt l’attention qu’il mérite.» Les gravures, s’étendant sur environ 700 mètres, présentent des représentations animalières et humaines. Ce site a été classé au niveau de la wilaya, en attente d’un statut de monument archéologique national. À proximité, la nécropole de Columnata a révélé les restes de 116 individus depuis 1954, bien que leur état de conservation varie. L’éperon de Mechraâ Sfa est riche en matériaux de construction, notamment de grandes dalles plates. Ce site, bénéficiant d’une protection naturelle, a vu une occupation humaine significative depuis la préhistoire, illustrée par une industrie lithique importante. Camps a identifié quatre nécropoles distinctes, comprenant dolmens, tumulus, bazinas et caveaux surélevés, réparties sur un éperon barré par cinq murailles.
La station de Columnata
En continuant notre voyage, nous découvrons la station de Columnata, où les fouilles récentes ont mis en lumière plus de 100 sépultures. Soufi M., le guide, m’expliqua que «ces découvertes offrent un aperçu des pratiques funéraires anciennes. Nous avons trouvé une diversité de sépultures qui nous aide à mieux comprendre l’évolution de ces sociétés». Découverte en 1937, la station de Columnata est d’une grande importance préhistorique. Les fouilles menées jusqu’en 1972 ont établi les bases de notre compréhension du site. En 2016, de nouvelles recherches ont mis au jour plus de 100 sépultures, révélant une diversité de pratiques funéraires. Ces découvertes confirment une chronologie complexe, allant de l’Ibéromaurusien au Néolithique. L’analyse des ossements offre des indices sur les pratiques et le mode de vie des populations anciennes, enrichissant notre connaissance de leur culture matérielle.
Site de Tahert, Tagdempt
Notre exploration nous conduit finalement au site archéologique de Tahert-Tagdemt, où se mêlent histoires anciennes et empreintes modernes. Classé parmi les sites historiques depuis 1978, il témoigne de l’héritage culturel de la région. Toujours selon mon interlocuteur : «Ici, nous avons deux périodes distinctes. D’abord comme capitale de l’État rostémide au VIIIe siècle, puis comme centre moderne avec l’émir Abd El Kader. Chaque pierre ici porte l’empreinte de siècles d’histoire.» Le site archéologique de Tahert-Tagdemt se trouve à 8 km à l’ouest de la ville de Tahert, le long de la RN 11 reliant les villes de Tahert et de MechraaSafa, précisément dans la partie nord et est du village agricole de Tagdempt. Il se compose de vestiges et de ruines archéologiques répartis entre deux collines opposées, l’une au nord atteignant une altitude de 862 m et l’autre au sud n’excédant pas 850 m. Le site archéologique a connu un aménagement durant deux périodes historiques différentes. La première au VIIIe siècle après J.-C., lorsque Tihert était la capitale de l’Etat rustumide fondé par Abderrahmane Ibn Rostom en 161 H/778-777 après J.-C. La seconde en tant que centre de la capitale de l’Algérie moderne, Tagdempt, fondée par l’émir Abd El Kader en 1936, apparemment construite sur les ruines de la précédente Tihert. Tagdempt est classé parmi les sites historiques depuis 1978. Les vestiges de Tahert-Tagdemt, situés à 9 km au sud-est de Tiaret, illustrent la richesse historique et culturelle de la région.
Zmalet El Emir Abdelkader
Est une commune algérienne qui a revêtu son nom actuel en 1965, en hommage à l’histoire de la Smala, où l’émir s’est réfugié et s’est installé avec plus de 70 000 personnes — des civils, des soldats, des artisans et des membres de sa famille. Cet endroit possédait toutes les ressources nécessaires à la résistance. La Smala, une cité nomade, fut prise par les troupes françaises dirigées par le duc d’Aumale en 1843, durant l’absence de l’émir et de ses troupes. À l’origine, cette commune était connue sous le nom de douar Mégane et faisait partie de la commune mixte de Ksar Chellala. L’événement marquant de la Smala est devenu un symbole de la résistance algérienne, d’où le choix de son nom en hommage à l’émir et à son combat. Aujourd’hui, Zmalet El Emir Abdelkader se situe dans le département de Ksar Chellala et commémore cet événement historique. Une plaque commémorative à Taguine rappelle la prise de la Smala. Abdelrahman Ibn Rustum : Est une figure marquante de l’histoire de l’Algérie médiévale, née au VIIIe siècle. Il est le fondateur de la dynastie des Rustumides, qui a régné sur la région de Tahert (aujourd’hui Tiaret) entre 761 et 909. Issu d’une famille berbère, Ibn Rustum a joué un rôle clé dans l’établissement de l’islam ibadite en Algérie, un courant religieux qui prône une interprétation modérée de l’islam. En tant que chef politique et militaire, il réussit à unifier plusieurs tribus berbères sous son autorité, consolidant ainsi son pouvoir. Son règne est marqué par des efforts pour promouvoir l’éducation, la culture et l’agriculture, ainsi que par la construction de mosquées et d’institutions. La ville de Tahert devient un important centre intellectuel et religieux sous sa direction. Ibn Rustum a également été un fervent défenseur de l’indépendance des tribus berbères face aux empires arabes en expansion. Sa dynastie a perduré après sa mort, mais elle a finalement décliné face à des rivalités internes et des invasions extérieures. Son héritage demeure, symbolisant la résistance et l’identité berbères dans l’histoire de l’Algérie.
Les grottes d’Ibn Khaldoun
Avant de clore notre voyage, nous visitons les célèbres grottes d’Ibn Khaldoun, le refuge de cet illustre historien du XIVe siècle. «Ces lieux ont vu l’émergence d’idées qui ont façonné notre compréhension de l’histoire. Ibn Khaldoun y a écrit sa «Moukadima», nous offrant des réflexions qui résonnent encore aujourd’hui. Les grottes se situent dans le village de Taghazout, à 6 km au sud-ouest de Frenda, sur un éperon rocheux à la bordure orientale du pays de Sbiha. Elles sont célèbres pour avoir été le refuge d’Ibn Khaldoun, un historien de renom. En fuyant Tlemcen en 1375, il trouva refuge ici, où il écrivit sa célèbre œuvre. Classées en 1949, ces grottes témoignent de l’importance historique d’Ibn Khaldoun, qui y a achevé sa «Muqaddima». Ibn Khaldoun, né en 1332 à Tunis dans une famille andalouse, est une figure emblématique de l’histoire médiévale. Sa formation intellectuelle s’épanouit au milieu de la crise du Califat des Hafsides. À 42 ans, après de nombreuses intrigues, il se retire dans un vieux château près de Tiaret pour se consacrer à son œuvre majeure, l’Histoire Universelle. L’œuvre d’Ibn Khaldoun est marquée par ses Prolégomènes, où il établit des principes de critique historique. Il soutient que la vérité historique repose sur la vraisemblance. À travers ses observations des dynasties berbères, il analyse leur ascension et leur déclin. Ainsi, Ibn Khaldoun est reconnu comme un précurseur des historiens modernes, son influence se prolongeant jusqu’au XIXe .
Sur les hauteurs du djebel Lakhdar, près de Frenda, s’élèvent les Djeddars, impressionnantes pyramides à degrés datant des Ve au VIIe siècles.
Les fouilles ont mis au jour des squelettes et un riche matériel lithique, attestant d’une occupation humaine ancienne et d’un savoir-faire remarquable dans l’exploitation de la pierre.
La prise de la Smala en 1843 demeure un épisode marquant de l’histoire nationale, aujourd’hui commémoré comme symbole de courage et d’organisation politique.
Datées de 1 000 à 6 000 ans avant notre ère, elles représentent des scènes humaines et animales révélant la relation étroite entre l’homme préhistorique et son environnement.
S.M.N
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Bibliographie
- Perrin R. Le Sersou. Étude de géographie humaine (Premier article). In: Méditerranée, 1 année, n°2-3, 1960. pp. 61-118;
doi : https://doi.org/10.3406/medit.1960.987
https://www.persee.fr/doc/medit_0025-8296_1960_num_1_2_987.
- Bibliographie de Jacques Berque. In: Revue du monde musulman et de la Méditerranée, n°83-84, 1997.
Enquêtes dans la bibliographie de Jacques Berque - Parcours d’histoire sociale.
- Cadenat : l’Atlas Algérien -Henri Barlette : Monographie de la région de Tiaret 1912
-Kamel Mohamed : Patrimoine . Dz .
https://algeriepatrimoine.wordpress.com/2021/02/25/tiaret-sur-les-traces-de-lhomme-prehistorique-de-columnata/ - Brahim Fakhar : chercheur historien de l’université d’Oran .
- Actes du colloque international sur Ibn Khaldoun 1-4 septembre 1983 .Tiaret
- Revue du 1er colloque sur l’histoire de Tiaret 1984