À Tiaret, les familles s'attellent à un nettoyage complet des foyers, stockent en abondance des ingrédients essentiels comme dattes, épices, tomates, dioul, raisins secs, pruneaux, huiles ... tout en anticipant les repas avec des provisions prêtes à l'emploi et autres délices. Cette phase renforce les liens familiaux, favorisant des moments de partage et de retrouvailles.
Au-delà de sa dimension spirituelle et pieuse, ce mois sacré rime souvent avec une hausse marquée de la consommation. Les habitants de Tiaret s'y préparent avec soin, adaptant leur quotidien pour embrasser pleinement cette période unique. La routine des Tiaretis se transforme radicalement durant le Ramadhan, imposant une organisation minutieuse. Ces derniers jours, les discussions tournent invariablement autour de ce temps béni, avec un accent sur les achats, les prix, les occupations ... Les ménagères, en particulier, déploient des efforts pour tout orchestrer efficacement. Dans les venelles des quartiers animés, les souks traditionnels, les grandes surfaces et les supermarchés, la foule afflue pour s'approvisionner en produits variés : dattes, amandes, fruits secs, conserves, sodas, poissons congelés ... garnissent les étals. Au marché central, à celui de Sonatiba, au souk de la gare ou à Volani, les commerçants profitent de cette effervescence. «La demande accrue nous permet d'écouler nos stocks et de booster nos ventes, compensant les périodes creuses, une bouffée d’oxygène», confie Djelloul, marchand de dattes. Certains regrettent une baisse d'activité due à la rivalité des grandes surfaces. «Leurs promotions incessantes et leurs «pubs» attirent notre clientèle, vidant peu à peu nos allées», déplore Abderrahmane, spécialiste en ustensiles de cuisine.
Ce mois propice met les femmes à l'épreuve en matière culinaire, avec une variété de plats qui enrichissent les tables du ftour. «J'ai entamé mes réserves il y a un mois : tchicha, pois chiches, riz pour la harira, sans oublier tomates, persil, coriandre et céleri portionnés au congélateur. J'y ai ajouté des fruits préparés pour les jus, ainsi que la semoule pour le kalb el louz, basboussa faits maison. Cela m'évite les hausses de prix imprévues ; pour l'instant, tout reste abordable», raconte Khadidja mère au foyer de trois enfants. Pour les femmes salariées, le défi s'intensifie. «C'est une source de tension et d'épuisement : jongler entre emplettes, entretien du foyer, soins aux enfants, cuisine et rituels spirituels», avoue Skoura, enseignante et mère de deux enfants, J'ai «bouclé les premiers achats; le reste viendra au fil des jours».
Du côté des instances officielles, élus locaux et forces de sécurité multiplient, depuis plus d'un mois, les réunions et coordinations inter-services. Ces échanges visent à fluidifier les opérations de solidarité, à surveiller les stocks du marché, à réguler les restaurants pour la rupture du jeûne et à assurer les aides aux plus vulnérables dans les délais. Des concertations avec commerçants, acteurs économiques et services de sécurité, ont aussi porté sur la régulation des échanges, la disponibilité des biens essentiels, l'installation de points de vente locaux et la modération des tarifs, tout en promouvant l'entraide communautaire.
Respect des normes sanitaires
En parallèle, des inspections sur le terrain, menées avec des équipes mixtes, ont ciblé les épiceries, les établissements pour le ftour, les marchés de proximité et les entrepôts frigorifiques de viande. L'objectif : vérifier l'approvisionnement, le respect des normes sanitaires et la sécurité des consommateurs durant ce mois saint. Les initiatives incluent des campagnes de propreté et de rénovation des mosquées, favorisant un cadre serein pour les prières. Enfin, les espaces publics sont optimisés via des agendas d'activités religieuses, culturelles et sportives, couplés à une gestion renforcée de l'eau, des réseaux et des déchets, adaptés aux particularités ramadhanesques.
Le Ramadhan fusionne tradition et modernité : les familles préservent les rites culinaires malgré les contraintes quotidiennes, tandis que les pouvoirs publics et commerçants tentent d'équilibrer logistique, solidarité et concurrence économique.
S. M. N.