Propos recueillis par : Belkacem Adrar
Dans cet entretien qu’il a bien voulu accorder à notre quotidien, Ramdane Ladaouri, président de la coopérative agricole polyvalente de la wilaya de Tizi Ouzou, évoque le rôle prépondérant que joue l’organisation des éleveurs et agriculteurs en coopérative dans le développement agricole, en général et l’élevage, à petit échelle, en particulier. Il met aussi l’accent sur la nécessité de mettre tous les moyens au profit des petits éleveurs pour développer leur activité et persévérer dans cette dernière. Les petits élevages sont un des piliers de l’économie de subsistance fortement ancrée dans la tradition des régions rurales où différents élevages y sont pratiqués en famille.
El Moudjahid : Pour commencer, pouvez-vous nous présenter votre coopérative ?
Ramdane Ladaouri : Notre coopérative est la seule coopérative à activer dans le secteur agricole au niveau de la wilaya de Tizi Ouzou. Elle regroupe aujourd’hui près de 1 230 adhérents, essentiellement de petits éleveurs de la région de Tizi Ouzou. Nous intervenons dans quatre grandes filières. Il s’agit de la filière lait avec un centre de collectes et 800 adhérents, apicole avec deux ateliers de fabrication de ruches et le conditionnement de la cire d’abeilles ainsi que la production d’essaims avec un ruchier école, cuniculture (lapin) avec un abattoir qui réceptionne les produits par les éleveurs qui sont au nombre de 173 et enfin caprine, une filière en cours de constitution. L’organisation de cette filière vise la récupération du lait produit et la création d’un marché entre les éleveurs pour développer la filière et préserver les meilleures races. L’objectif de la coopérative est d’offrir un lieu de rencontres et d’échanges d’expérience entre les adhérents, leur fournir les intrants agricoles à moindre prix, prendre en charge leur production en leur assurant un meilleur prix. CAPTO assure également des formations dans différentes filières avec un encadrement spécialisé et de qualité et organise des fêtes et festivals visant la promotion de l’activité agricole et d’élevage, à l’instar des fêtes du miel et produits de la ruche, le Salon national des petits élevages et tant d’autres activités de vulgarisation et de sensibilisation au profit des éleveurs.
Comment expliquez-vous l’essor des petits élevages ces dernières années dans la wilaya ?
De par notre tradition ancestrale, l’activité des petits élevages n’est pas étrangère à notre culture. Cette activité ancienne est bien implantée dans nos villages qui sont, d’ailleurs, propice pour ce genre d’activité, en raison de son relief escarpé ne favorisant pas l’élevage à grande échelle. Dans notre région, l’activité des petits élevages vient en appoint à un revenu déjà existant, provenant, soit d’autres activités artisanales, soit d’un autre travail rémunéré. Actuellement, on constate, heureux, le retour en force de ces petits élevages dans notre région. Cette donne qui rassure est vérifiable par le nombre important de petits éleveurs qui viennent s’approvisionner en aliment de bétail dans notre coopérative ainsi que le nombre très appréciable des porteurs de projets dans la filière financés par l’Angem que notre coopérative prend en charge. L’élevage de poules, de lapins et des petits ruminants (chèvres, brebis…) connait ces dernières années un essor considérable au niveau de notre région à forte densité rurale. Notre coopérative, forte de son expérience et de son savoir-faire joue un rôle important dans cet essor que connaissent les petits élevages qui s’insèrent dans le tissu économique rural, contribuant ainsi au développement national. Le développement de cette culture contribuera également à la fixation des populations rurales, la limitation de l’exode vers les villes et aussi et surtout au renforcement de la sécurité alimentaire dans notre pays.
Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les éleveurs ?
Les contraintes sont nombreuses. D’abord, il y a le phénomène du changement climatique, notamment la persistance de la sécheresse causant la réduction des espaces dédiés au paturage, le coût de l’alimentation animale, surtout en période de sécheresse, le manque de financement adapté aux petits projets, et parfois l’insuffisance de l’encadrement technique, absence de débauchés commerciales pérennes pour l’écoulement des produits de ces élevages, particulièrement pour le miel et le lapin, et surtout le manque d’organisation des filières en raison d’insuffisance en matière de compétences. Les maladies animales représentent également un risque important lorsque la prévention n’est pas bien assurée.
Les femmes rurales sont-elles impliquées dans ces activités ?
Absolument. Les femmes rurales jouent un rôle central, surtout dans l’élevage familial, l’apiculture et la transformation des produits comme le fromage, le beurre ou le miel. La coopérative encourage leur participation, car leur implication renforce l’autonomie économique des familles rurales. Dans notre coopérative, nous comptons environs 40 femmes rurales adhérentes. Elles activent dans l’élevage et la transformation des produits de l’élevage. Leur nombre augmente d’année en année.
Comment voyez-vous l’avenir des petits élevages à Tizi Ouzou ?
Même si nous sommes optimistes, il n’en demeure pas moins que l’avenir des petits élevages dépendra d’une prise en charge réelle par les pouvoirs publics, en redynamisant, notamment les anciens programmes, tels que ceux de l’élevage du lapin et de la chèvre. Si l’accompagnement se renforce et si les politiques de soutien sont mieux adaptées à la réalité du terrain, les petits élevages peuvent devenir un véritable pilier du développement rural. L’avenir passe par la structuration des filières, la qualité des produits et la valorisation du label local. Pour mieux réussir, il faut absolument s’organiser en coopérative agricole, seul moyen qui peut pérenniser l’activité face aux divers défis à relever afin de sécuriser les investissements.
Un message à adresser aux jeunes qui souhaitent se lancer dans l’élevage ?
Comme je viens de le dire plus haut, l’organisation en coopérative est la clé de réussite dans toutes les activités agricoles, notamment l’élevage. La coopérative joue un rôle important dans la réussite des investissements agricoles. Pour nos jeunes, je leur dirai que l’élevage n’est pas une activité archaïque, bien au contraire, elle nécessité un savoir-faire qui s’acquiert avec la formation et l’organisation et l’appui des coopératives, c’est un métier d’avenir qui peut offrir une stabilité économique et constituer une valeur ajoutée à l’économie nationale.
B. A.