El-Oued : redonner aux zaouïas leur juste place

La zaouïa tidjania de Témacine, dans la wilaya de Touggourt, a ouvert ses portes les 28 et 29 mars 2026 pour le premier Colloque national consacré à l’histoire des zaouïas et des confréries soufies en Algérie.

Intitulé «La présence spirituelle, sociale et révolutionnaire des zaouïas et des confréries soufies (1830–1962)», l’événement a rassemblé un large panel de personnalités soufies, de chercheurs universitaires et figures spirituelles pour une immersion unique dans le rôle des zaouïas, longtemps méconnu, mais essentiel à la mémoire nationale.

L’événement, organisé en coordination avec l’université Hamma Lakhdar d’El Oued, s’est déroulé, à la fois dans les zaouïas de Témacine et de Guemar, sous la supervision des autorités locales et des cheikhs soufis. L’ouverture officielle a été assurée par le secrétaire général de la wilaya de Touggourt, en présence du cheikh de la confrérie tidjania, le Pr Mohamed Laïd Tidjani, du cheikh de la zaouïa rahmaniya d’Azzazga, Abdellah Cherchem, et du représentant de l’université, le Dr Chaouki Medellal.

Ce colloque s’inscrit dans une initiative conjointe de plusieurs structures de recherche, dont le laboratoire d’histoire sociale, des archives nationales et des études comparées de l’université d’Alger 2, ainsi qu’une équipe de l’université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou, avec la contribution de la zaouïa rahmaniya d’Azzazga

Le président du colloque, le Dr Ahmed Ghrissi, a expliqué que cette rencontre visait à mettre en lumière les multiples rôles des zaouïas dans la société algérienne, particulièrement durant l’occupation française. Fondée sur l’analyse d’archives et de témoignages historiques, la démarche vise à révéler leur soutien actif à la résistance nationale jusqu’à l’indépendance.

Pour sa part, la présidente du comité scientifique, la Pr Yasmine Saoudi, a insisté sur l’importance d’une approche scientifique objective, loin de toute marginalisation, rappelant que le programme comprenait 26 communications réparties en quatre ateliers.
Le cheikh de la confrérie tidjania a rappelé la place centrale des zaouïas comme institutions spirituelles et scientifiques, vecteurs d’identité nationale, de réforme et de cohésion sociale. Le cheikh de la zaouïa rahmaniya a, pour sa part, souligné le rôle des zaouïas dans la préservation de l’identité islamique et la résistance aux tentatives de marginalisation durant la colonisation.

Le représentant de l’université d’El Oued a souligné l’importance du partenariat entre l’université et les zaouïas, valorisant leur contribution à l’organisation de manifestations scientifiques et de programmes de formation, tels que «Académie Sir» et les séances «Ma‘arij as-Salikin», qui favorisent le développement personnel et la conscience spirituelle.

Les travaux du colloque ont été structurés autour de quatre axes principaux. Le premier porte sur les rôles éducatif, social et politique des zaouïas. Le deuxième concerne leur contribution à la résistance pendant la période coloniale. Le troisième s’intéresse à leur implication dans le mouvement national et la guerre de Libération nationale. Le quatrième propose une relecture de leur histoire à partir des archives et de la mémoire nationale.

Les interventions ont souligné la fonction stratégique des zaouïas en tant que centres d’enseignement et d’orientation spirituelle, leur rôle dans la formation des élites, la diffusion de la conscience nationale et la mobilisation de la société pour organiser la résistance sous différentes formes. Les participants ont également insisté sur la nécessité de réécrire l’histoire de ces institutions à partir de sources fiables afin de mieux comprendre leur contribution à la construction de l’identité et de la conscience nationale.

L’initiative a été largement saluée, permettant de réhabiliter les zaouïas et les confréries soufies en tant qu’acteurs majeurs de l’histoire algérienne, non seulement sur le plan religieux, mais aussi en tant que forces sociales et politiques ayant joué un rôle déterminant dans le processus de libération nationale.

En marge du colloque, la zaouïa tidjania a organisé une réception en l’honneur des invités, ainsi qu’une exposition de publications et photographies retraçant le parcours des cheikhs et leur contribution à la société et à la préservation de l’identité nationale.

Ch. G.

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