Tiaret : récit d’une ville qui prépare l’Aïd El-Fitr

Dans l’air vif des Hauts-Plateaux de l’Ouest algérien, là où le vent de Tiaret semble porter les murmures de l’histoire, une transformation invisible s’opère.

Le mois de Ramadhan, avec ses journées de recueillement et ses nuits de prières, touche à sa fin. Sept jours, C’est le temps qu’il reste avant que le croissant de lune ne vienne confirmer la fin du jeûne et l’avènement de l’Aïd el-Fitr. Dans les ruelles escarpées et les quartiers modernes de la ville, une effervescence particulière a remplacé le calme feutré du jeûne. Ce n’est plus seulement la piété qui guide les pas, mais une joie collective, une tradition séculaire qui pulse dans le cœur des Tiaretis, transmise avec ferveur de génération en génération. Étymologiquement, l’Aïd signifie fête et fitr dérive d’ iftar, le repas qui rompt le jeûne : Aïd al Fitr est donc «la fête du déjeuner» qui célèbre la fin du jeûne.

En Algérie, on l’appelle souvent Aïd Esghir - la petite fête - pour la distinguer de l’Aïd al Adha, dit Aïd el Kbir (la grande fête du sacrifice). Au-delà des mots, c’est un moment où la piété laisse place à la joie, et où la tradition se renouvelle à chaque génération. Dès les derniers jours du Ramadhan, Tiaret se transforme. Les marchés traditionnels reprennent une cadence fiévreuse : étals de fruits secs, piles de semoule, montagnes d’amandes, boîtes d’épices multicolores et cages de pâtisseries.

Les grandes surfaces affichent des allées pleines, tandis que les petits commerçants du quartier improvisent de nouveaux rayonnages. Pour les ménagères et les chefs de famille, c’est une course contre la montre : il faut prévoir les menus, acheter en quantité, anticiper les visites. «Le jour de l’Aïd tout ferme, alors il vaut mieux être prêt», résume une cliente rencontrée au supermarché central, un panier chargé de dattes, de sucre et d’huile. La logistique familiale dépasse parfois l’achat de nourriture : il faut aussi penser aux tenues, aux cadeaux, au transport des proches, surtout lorsque l’exode rural se met en marche.

Les gares routières sont le théâtre d’un va et vient incessant : trains, bus et taxis remplis de sacs, de valises et d’espoirs de retrouvailles. Les familles qui vivent loin de leur douar organisent leur retour des semaines à l’avance, prévoyant l’hébergement des invités et les menus qui feront honneur à la maison.

S. M. N.

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