L’opération de Tarajal — au cours de laquelle la Garde civile espagnole a réussi à démanteler un réseau de trafic de résine de cannabis et à récupérer plus de 15 tonnes de drogue, comme nous le rapportions dimanche dernier dans nos colonnes — n’en finit pas de livrer ses secrets. En effet, la poursuite des investigations a fini par porter ses fruits, puisque les enquêteurs ont mis au jour une infrastructure d’une ingéniosité technique sans précédent.
Selon les révélations du quotidien espagnol El País, les autorités ont découvert un vaste tunnel souterrain sophistiqué reliant l’enclave de Ceuta au territoire marocain, une prouesse logistique destinée au transport massif de stupéfiants. Ce réseau ne se contentait pas d’un simple passage de fortune : « il s’agissait d’un véritable labyrinthe à plusieurs niveaux, doté de rails, de wagons, de systèmes de poulies et de grues électriques », comme l'a précisé hier le ministère de l'Intérieur espagnol.
Le point de départ, situé sous un hangar industriel d’apparence anodine, était dissimulé avec un soin extrême derrière un réfrigérateur industriel insonorisé qui masquait les bruits de l’activité mécanique souterraine.
Selon les précisions données, le tunnel fonctionnait comme une artère logistique centrale où les ballots de haschich arrivaient du Maroc par un couloir rectiligne avant d’être stockés dans une chambre intermédiaire, puis hissés vers la surface.
Cette opération d’envergure, qui s’est étalée sur plusieurs mois depuis juin 2025, a conduit à l’arrestation de 27 personnes et à la saisie totale de 17 tonnes de drogue. La vague d'interpellations s'est terminée avec l'arrestation, dans la nuit du 26 mars dernier, de l'une des deux têtes de réseau, illustrant l’ampleur des bénéfices générés avec la découverte de 1,4 million d’euros en liquide et 17 voitures de luxe. Cette intervention majeure a mobilisé plus de 250 agents de l’Unité de lutte contre les stupéfiants et la criminalité organisée (UDYCO), appuyés par des drones de surveillance, effectuant 29 perquisitions simultanées en Andalousie, en Galice et à Ceuta.
À la faveur de cette opération, la région de Tarajal est désormais confirmée comme une zone névralgique pour ces activités orchestrées depuis le territoire sous contrôle marocain. L'existence de tels conduits transfrontaliers, à l'image de celui de 300 mètres reliant Tarajal à Fnideq découvert en 2023, soulève inévitablement la question de la complaisance, voire de l'implication directe du Makhzen.
En effet, techniquement, il est impossible que de telles infrastructures souterraines, nécessitant des moyens de génie civil importants, puissent être exploitées à la frontière sans une forme de validation ou de protection de l'appareil d'État du Makhzen. Les investigations ont également permis de saisir 66 appareils de communication sophistiqués au large d’Almería, confirmant la structure quasi militaire de ces exportations massives.
Y. Y.