Escalade militaire au Moyen-Orient et dans le Golfe : la fuyante solution diplomatique

Le conflit ne cesse de se complexifier, avec de graves retombées sécuritaires sur l’ensemble des pays de la région, un effet de plus en plus incontrôlable sur l’économie mondiale et un potentiel d’intensification militaire plus périlleux que les seuils de gravité atteints depuis un mois. 

L’escalade militaire au Moyen-Orient semble évoluer vers la perspective et son parfait contraire. Au moment où se profile la possibilité d’un deus ex machina diplomatique, via une implication directe du Pakistan en tant que médiateur, des projections sur une probable intervention terrestre américaine en territoire iranien sont de plus en plus évoquées. Le scénario est d’autant plus pris au sérieux que de précédents processus diplomatiques avaient été brutalement interrompus par la logique de la guerre. Mais il est vrai également que le conflit ne cesse de s’aggraver avec son lot de complications géopolitiques, dont de graves retombées sécuritaires sur l’ensemble des pays de la région, un effet de plus en plus incontrôlable sur l’économie mondiale et un potentiel d’intensification militaire plus périlleux que les seuils de gravité atteints depuis un mois.
Dans de nouvelles déclarations tonitruantes, le président américain menace ouvertement d' « anéantir » l'île iranienne de Kharg, si les échanges actuels entre Téhéran et Washington n’aboutissaient pas « rapidement » à un accord. L’île considérée comme le principal terminal pétrolier de la République islamique d’Iran, avait déjà subi des attaques le 13 mars dernier, ciblant les installations militaires et épargnant l’infrastructure pétrolière. La nouvelle menace de Donald Trump, visiblement exaspéré par la persistance des blocages au détroit d’Ormuz, repousse les limites que les belligérants se sont, plus ou moins, imposées concernant les installations énergétiques les plus névralgiques.
La Maison-Blanche avait pourtant vanté, le 27 mars dernier, des « discussions qui avancent bien » avec Téhéran, justifiant la prolongation d’un « ultimatum » qui portait là aussi sur la menace d’une escalade ciblant les installations électriques. Avant-hier encore, le président américain a laissé clairement entendre qu’un accord pouvait être conclu « bientôt » avec l’Iran. Le lien est fait avec un « plan de 15 points » prévoyant notamment des clauses sur le nucléaire, et proposé à négociations via la diplomatie pakistanaise. Islamabad, se revendiquant d'un soutien franc, notamment de la part des Nations unies et de la Chine, se dit par ailleurs prêt à accueillir des « pourparlers significatifs » entre les Etats-Unis et l'Iran pour mettre fin à la guerre. Dimanche, le chef de la diplomatie pakistanaise, a d’ailleurs longuement reçu ses homologues saoudiens, turcs et égyptiens autour de la question. « Les ministres des Affaires étrangères ont préconisé le dialogue et la diplomatie comme seule voie viable pour prévenir les conflits et promouvoir la paix et l'harmonie régionales », a en effet affirmé M. Ishaq Dar. Le ministre pakistanais des Affaires étrangères a ajouté que « l'Iran et les Etats-Unis (ont) tous deux exprimé leur confiance en le Pakistan pour faciliter les discussions ».

Flou et guerre de communication

Injectant un nouvel élément dans le contexte, Marco Rubio, le secrétaire d’Etat américain, a indiqué hier que des « contacts privés » étaient en cours avec des « responsables iraniens », et qu’il y avait lieu d’être optimiste concernant la suite des événements. Mais sur ce cas précis, les analystes restent prudents estimant que la sortie du chef de la diplomatie américaine pourrait participer de la guerre de communication qui fait rage en ce moment.
Ces mouvements et déclarations ne semblent pas en tout cas convaincre l’Iran, ni lui faire changer une position faite depuis le début de l’escalade de fermeté, sinon de beaucoup de méfiance. Lors d’une conférence de presse tenue hier à Téhéran, le porte-parole de la diplomatie iranienne, Esmaeil Baqaei, a confirmé des « contacts » indirects avec Washington, sur initiatives des Américains et par l’entremise de médiateurs de la région, mais a démenti tout accord de l’Iran sur le fameux plan de 15 points. L’homme a tenu par ailleurs à souligner que Téhéran reste échaudé par deux précédents processus de négociations, brutalement interrompu alors qu’ils donnaient l’air de bien avancer, en juin 2025 et février dernier.
Parallèlement à ces échanges à distances, de grands médias internationaux évoquent depuis des jours la préparation par le Pentagone d’ « opérations terrestres massives », prévoyant un débarquement amphibie de 2.200 à 2.500 Marines, qui viserait les îles iraniennes proches du détroit d’Ormuz. Le Washington Post, prestigieux quotidien américain, relayé par les chaînes CBS et CNN, va jusqu’à pronostiquer la mobilisation de près de 10.000 soldats supplémentaires. Projection non confirmée pour l’heure par Washington, mais qui suffit à alimenter la méfiance du côté de Téhéran, du moins si l’on se fie aux déclarations des responsables iraniens, dont le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, qui accuse ouvertement les États-Unis de "planifier secrètement une offensive terrestre".

M. S.

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Nouveau missile contre la Turquie, drones contre l’Arabie saoudite et le Koweït

La Turquie a annoncé, hier, l'interception d'un quatrième missile balistique tiré d'Iran et pénétrant son espace aérien. Selon le ministère de la Défense à Ankara, la munition a été neutralisée par les systèmes de défense antiaérienne et antimissile de l'OTAN déployés en Méditerranée orientale. Aucun des quatre projectiles lancés vers le territoire turc depuis le début de l’escalade, le 28 février, n'a atteint son sol.
Pour rappel Ankara est engagée dans des efforts de médiation via des négociations avec le Pakistan et l'Égypte, et réaffirme régulièrement sa volonté de rester en dehors du conflit. « Empêcher que notre pays ne soit entraîné dans ce brasier est notre priorité numéro un », a déclaré le président Recep Tayyip Erdogan. Le ministère de la défense turc souligne que toutes les mesures nécessaires sont prises pour protéger le territoire et l'espace aérien, avec une surveillance accrue des développements régionaux. L'ambassade d'Iran en Turquie a nié cependant toute responsabilité de Téhéran dans l’attaque, se disant prête à mettre en place "une équipe technique commune" pour enquêter sur les incidents.
Le gouvernement koweïtien a de son côté accusé l'Iran d'avoir attaqué une usine de dessalement et d'électricité, tuant un ressortissant indien, ajoutant que son armée a intercepté 13 drones durant les 24 dernières heures. Là aussi, Téhéran rejette toute implication, pointant du doigt l’armée sioniste.
L'Arabie saoudite a pour sa part indiqué que ses forces armées ont intercepté et détruit lors de la même journée, deux drones iraniens dans son espace aérien.
Dans une déclaration virulente de son ministère des Affaires étrangères, le royaume condamne par ailleurs fermement « les attaques iraniennes visant un camp des forces armées koweïtiennes, une centrale électrique et une usine de dessalement d'eau au Koweït, qui ont blessé plusieurs militaires ».

M. S. et agences

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