Détroit d’Ormuz : bras de fer entre l’Iran et l’Occident

Alors que le conflit au Moyen-Orient s’éternise, Téhéran s'apprête à transformer durablement les règles de navigation dans le détroit d'Ormuz. Le ministre des Affaires étrangères, Abbas Araqchi, a annoncé, vendredi, dans une interview à la télévision d'État iranienne, l'instauration d'un «nouveau système de passage» visant à exercer une souveraineté stricte sur cette voie stratégique. Contrairement au statut d'eaux internationales défendu par l'Occident, l'Iran entend imposer un contrôle total, justifié par la proximité des zones montagneuses occupées par les gardiens de la Révolution. Il faut dire que, dans les faits, cette reprise en main se traduit déjà par des chiffres alarmants : le trafic maritime a chuté de 97 % en mars par rapport à février. Sur les 135 navires quotidiens habituels, seuls 116 ont transité durant les trois premières semaines de mars, aucun ne se dirigeant vers l’Europe ou les États-Unis. Désormais, le détroit ne dessert plus que l’Asie, l’Afrique de l’Est et l’Amérique du Sud. L'incertitude sur ce verrou stratégique fait s'envoler les prix : hier encore, le baril de Brent s'établissait à 112,57 dollars, en hausse de plus de 4% sur les dernières 24 heures, après avoir frôlé les 120 dollars, en début de mois.
Cependant, dans cette équation, le point le plus polémique concerne l'instauration d'un droit de passage. S’appuyant sur l'exemple du canal de Suez, Téhéran, par la voix du député Alaeddin Boroujerdi, évoque une taxe de deux millions de dollars par navire. Une comparaison rejetée par les experts juridiques, qui rappellent que Suez est une eau intérieure, contrairement au «détroit d’Ormuz qui est une voie navigable internationale».
En attendant, le Pakistan apparaît comme un refuge diplomatique, car de nombreux navires tiers arborent désormais le pavillon pakistanais pour garantir leur sécurité ; une mesure perçue comme un signe de bonne volonté envers Donald.
Entre temps, le transit de deux nouveaux méthaniers en direction de l’Inde reflète un assouplissement limité des restrictions imposées par la guerre sur l'un des corridors énergétiques les plus importants au monde.
Cela étant, les pays européens, refusant de voir cette artère vitale transformée en «lac iranien», ont déjà pris leur devant en préparant une action collective visant à signer un accord avec 80 pays pour imposer une gestion commune et internationale du détroit, arguant que le statut de voie navigable internationale ne peut être modifié unilatéralement. De leur côté, les États-Unis ne comptent pas se laisser faire. L'administration Trump, tout en notant les signes de «bonne volonté», comme le recours au pavillon pakistanais par certains navires, a fermement rappelé que la liberté de navigation est non négociable. En tout cas, ce bras de fer autour du détroit d'Ormuz marque un tournant historique, où la souveraineté territoriale de l'Iran se voit confrontée frontalement au droit international de navigation. Et le nouveau système que l'Iran compte maintenir après la guerre risque de redessiner la géopolitique maritime mondiale.

Y. Y.

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