Conséquences de la guerre au Moyen-Orient : des économies à l’heure de l’austérité

L’Indonésie a annoncé hier un rationnement de la vente de carburant, avec blocage des prix à la pompe et instauration d’une journée de télétravail par semaine pour les fonctionnaires, pour réduire les sollicitations sur les transports et ainsi préserver les stocks.

L’escalade militaire au Moyen-Orient s’installe dans la durée, se répandant en effets dévastateurs sur les marchés mondiaux, en l’absence de tout signe pouvant sérieusement inspirer de l’optimisme quant à un arrêt prochain des hostilités. De nombreux gouvernements, dont les économies sont touchées de plein fouet par la crise énergétique, tentent, tant bien que mal, de s’adapter, en instaurant des mesures d’austérité parfois radicales.

La tension extrême au détroit d’Ormuz — artère vitale par laquelle transite 20% du pétrole et du GNL mondiaux — plus d’un mois après le déclenchement des frappes sur l’Iran, s’impose en problématique centrale pour l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement international. Selon l’entreprise Kpler qui cartographie et analyse en temps réel le mouvement des flux mondiaux de matières premières, le trafic y a chuté de 95%, soustrayant au marché de 8-10 millions de barils par jour, soit le plus grave choc depuis 1973. Les prix du Brent sont en conséquence en état de fébrilité poussée gagnant entre la fin 2025 et le mois de mars une moyenne de 40 dollars US.

Les dommages subis sur les installations du plus grand producteur mondial de gaz, le Qatar, ont fait par ailleurs grimper de 30-50% les prix du produit stratégique, induisant un virulent cycle inflationniste sur les services et les marchandises et une panique généralisée dans la branche des assurances avec des renchérissements de 30 à 100% sur la navigation. L’évolution de la confrontation militaire depuis près de six semaines a par ailleurs fait sauter les verrous de la retenue, faisant planer le risque de frappes plus directes sur les complexes énergétiques de la région, alors que Téhéran assume désormais ouvertement s’appuyer sur le levier du détroit d’Ormuz pour tordre le bras aux Etats-Unis. Le parlement iranien envisage, au demeurant, de voter un dispositif de taxation du passage, en précisant que le détroit resterait ouvert, sous condition de coordination avec les autorités du pays, aux « navires non hostiles ».

La Chine a confirmé hier le passage sans encombre de trois de ses bateaux par le détroit, exprimant sa gratitude vis-à-vis des « parties impliquées », selon les déclarations d’une porte-parole de la diplomate chinoise. Un navire pakistanais a par ailleurs eu droit au même traitement il y a plus d’une semaine, alors que demeure menacée la navigation d’autres pavillons désignés comme proches des intérêts américains et sionistes.

Les intentions prêtées à Washington d’engager une opération terrestre pour prendre le contrôle du passage, ne font, sur un autre plan, qu’accroître les appréhensions des marchés, puisque perçues comme le signe d’une impasse diplomatique et d’un prolongement indéfini du conflit. Aussi, les plus grands importateurs de produits énergétiques se résolvent à des mesures drastiques pour atténuer l’effet du renchérissement et des éventuelles ruptures d’approvisionnement en pétrole.

L’Indonésie a annoncé hier un rationnement de la vente de carburant, avec blocage des prix à la pompe et instauration d’une journée de télétravail par semaine pour les fonctionnaires, pour réduire les sollicitations sur les transports, et ainsi préserver les stocks. En Europe, le gouvernement lituanien a décidé des réductions de 50 % sur le transport ferroviaire pour « soulager familles et étudiants », soumis à la flambée des prix du carburant et le coût des transports routiers, l’œil rivé sur le risque d’un mécontentement social, comme à travers de nombreux pays européens.

Samedi dernier, « le couvre-feu commercial » est entré en vigueur en Egypte pour réduire la facture globale de consommation électrique et économiser en amont le gaz nécessaire au fonctionnement des centrales de production. « Les magasins, centres commerciaux, restaurants et cafés seront tous fermés en semaine à 21h00, à l'exception du jeudi et du vendredi », avait annoncé le Premier ministre, exhortant la population à la discipline pour faire face à la crise.

M. S.

Multimedia