Le Brent est au-dessus des 113 dollars : le monde face au risque de récession

Le marché pétrolier continue de subir une pression considérable, et enregistre une pénurie d'environ 400 millions de barils, soit l'équivalent de quatre jours de consommation mondiale. Cette situation a entraîné une hausse des prix de l'énergie d'environ 50 %.

Le baril de Brent atteint les 113,3 dollars, et le WTI Crude affiche 99,13 USD. Joint par nos soins, Baghdad Mendouche, expert international en énergie, affirme qu’à ces niveaux, il y a un risque d’inflation plus élevé de 1,2% à 1,5% par rapport à l’inflation habituelle, lequel pourrait réduire le PIB mondial de 0,4%. Pour l’expert, la situation pourrait également conduire à une inflation accrue, avec des répercussions sur l’ensemble de la chaîne de production et notamment le transport.

Dans son propos, M. Mendouche affirme que le marché gazier est également impacté, précisant que le prix du mégawattheure se situe à 83 dollars, contre 28 USD en décembre dernier. Plusieurs secteurs en seront touchés. En effet, les impacts du conflit sur le prix du gaz – et donc des engrais – interrogent sur la dépendance de l'agriculture aux engrais azotés. 30% des engrais consommés mondialement proviennent de la région du Moyen-Orient, notamment du Qatar et de l’Arabie saoudite.

Dans cette optique, le directeur exécutif adjoint du Programme alimentaire mondial des Nations unies, Carl Skau, a sonné l'alerte, relevant que « si le conflit au Moyen-Orient se poursuit jusqu'en juin, 45 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans l'insécurité alimentaire aiguë ». Pour sa part, Fatih Birol, directeur de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), a souligné qu’ « à ce jour, nous avons perdu 11 millions de barils par jour, soit plus que les deux crises pétrolières majeures réunies », faisant référence aux crises des années 1970.

L'économie mondiale, précise-t-il, est confrontée à une « menace majeure » en raison de la guerre contre l'Iran. Aussi, M. Birol affirme consulter les gouvernements d'Europe et d'Asie sur la possibilité de libérer d'autres stocks de pétrole. « Nous examinerons les marchés. Si c'est nécessaire, bien sûr, nous le ferons, mais nous examinerons les conditions, nous analyserons, nous évaluerons le marché et nous en discuterons avec nos pays membres », souligne le directeur de l’AIE.

Les pays membres de l'Agence ont convenu le 11 mars de débloquer un volume record de 400 millions de barils de pétrole provenant des réserves stratégiques afin de lutter contre la flambée des prix mondiaux du brut. Ce prélèvement représentait 20% des stocks totaux. « Un déblocage des réserves contribuera à rassurer les marchés, mais ce n’est pas la solution. Cela ne fera qu’atténuer les difficultés économiques », a affirmé M. Birol.

A propos des perspectives, Goldman Sachs prévoit, en cas de perturbations prolongées dans le détroit d'Ormuz, que le prix du pétrole pourrait atteindre 135 dollars le baril. Ce niveau de prix serait nécessaire pour freiner la demande et compenser la forte baisse de l'offre. A moyen terme, Goldman Sachs prévoit une stabilisation progressive du marché, l'offre et la demande s'équilibrant.

D'ici 2027, le prix du pétrole brut Brent devrait se maintenir autour de 80 dollars le baril, et celui du WTI autour de 75 dollars le baril. La reconstitution des réserves stratégiques par les différents pays jouera un rôle déterminant dans le maintien de ces niveaux de prix.

F. I.

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