Inclusion financière : une mutation accélérée du système bancaire algérien

Portée par les réformes engagées depuis 2023 et consolidées en 2024, la transformation du secteur bancaire en Algérie s’inscrit dans une dynamique profonde de modernisation visant à renforcer l’inclusion financière, optimiser le financement de l’économie et améliorer les standards de gouvernance.

Cette évolution ne relève pas d’un simple ajustement conjoncturel, mais d’une refonte progressive répondant à la fois aux mutations internes de l’économie nationale et aux exigences d’un environnement financier international en constante recomposition. Dans ce cadre, les pouvoirs publics ont engagé un ensemble de réformes structurelles destinées à redéfinir le rôle des institutions bancaires. L’objectif central demeure l’élargissement de l’accès aux services financiers, tout en améliorant la capacité du système à canaliser l’épargne vers les circuits productifs.

Cette orientation traduit une volonté claire de faire du secteur bancaire un levier actif de développement économique. L’un des marqueurs les plus significatifs de cette dynamique réside dans l’ouverture progressive du capital de certaines banques publiques, à l’image du Crédit populaire d’Algérie et de la Banque de développement local.

Recourir au marché financier pour accompagner cette ouverture illustre une ambition de renforcer la transparence, d’améliorer la gouvernance et de diversifier les sources de financement, tout en inscrivant ces établissements dans une logique de performance accrue.

Dans le même contexte, un toilettage complet a été opéré sur les textes phares régissant le fonctionnement du marché boursier d’Alger afin de le rendre plus attractif pour les entreprises et les épargnants. Parallèlement, la loi sur la monnaie et le crédit (LMC), datant du début des années 1990, a été profondément révisée pour ouvrir la voie à une modernisation en profondeur du paysage bancaire national.

Cette refonte a introduit de nouveaux segments et acteurs, notamment les bureaux de change, les prestataires de services de paiement (PSP), les banques d’affaires ainsi que les banques digitales, constituant des évolutions structurantes dans l’architecture financière du pays. L’avènement de ce cadre rénové a été salué tant par les acteurs de la place financière locale que par plusieurs institutions financières internationales, dont le Fonds monétaire international. Parallèlement, cette dynamique s’accompagne d’un processus de diversification et d’expansion à l’international du système bancaire algérien. Dans ce cadre de transformation progressive, l’Algérie a amorcé une ouverture à travers l’implantation de banques nationales en Afrique, notamment avec l’Algerian Union Bank en Mauritanie et l’Algerian Bank of Senegal au Sénégal.

Ces implantations visent à soutenir les échanges économiques, faciliter les transactions des opérateurs algériens et renforcer la présence financière du pays sur le continent, dans une logique d’intégration régionale et de diversification économique. Dans le même esprit, la Banque extérieure d’Algérie a procédé à l’ouverture d’une agence bancaire en France, dans une démarche visant à se rapprocher de la communauté algérienne établie à l’étranger, tout en accompagnant les flux financiers et les besoins en services bancaires de la diaspora.

Par ailleurs, plusieurs agences supplémentaires ont été ouvertes par l’Algerian Union Bank en Mauritanie et au Sénégal, renforçant ainsi l’accompagnement bancaire des entreprises exportatrices opérant sur le continent africain. L’ensemble de ces initiatives s’inscrit dans une logique plus large de modernisation du système financier, marquée par l’émergence de nouveaux segments dans l’écosystème bancaire.
L’introduction de prestataires de services de paiement, l’essor des banques digitales ainsi que l’encadrement des bureaux de change participent à la diversification de l’offre et à son adaptation aux nouveaux usages, de plus en plus orientés vers des solutions numériques. Cette transformation s’accompagne d’un enjeu majeur : la mobilisation de l’épargne nationale. Une part importante des liquidités demeure encore en dehors des circuits bancaires formels, constituant à la fois un défi structurel et une opportunité stratégique.

L’intégration de ces ressources repose sur le renforcement de la confiance des citoyens, ainsi que sur la mise en place de produits d’épargne attractifs, adaptés et accessibles. Dans ce processus, le rôle de la Banque d’Algérie demeure déterminant. En tant qu’autorité monétaire et de régulation, elle oriente les politiques du secteur en favorisant une amélioration continue de l’intermédiation financière, à travers la diversification des produits bancaires, l’élargissement de l’offre de financement et le renforcement de la qualité des services. La digitalisation constitue, à cet égard, un levier structurant de l’inclusion financière.

Le développement des paiements électroniques, la généralisation des plate-formes numériques et l’essor des solutions mobiles contribuent à rapprocher les services bancaires des usagers, y compris dans les zones moins couvertes par les réseaux traditionnels, tout en améliorant l’efficacité globale du système. Sur le plan macroéconomique, les indicateurs récents témoignent d’une certaine solidité du secteur. À fin 2024, les crédits à l’économie ont dépassé les 11.256 milliards de dinars, enregistrant une progression de 5,3 %, avec une prédominance du financement bancaire public et une orientation notable vers le secteur privé, notamment les industries manufacturières et la construction. En parallèle, l’élargissement du réseau bancaire, l’augmentation du nombre de comptes et la progression des ressources collectées traduisent une dynamique d’inclusion en consolidation. La masse monétaire a connu une croissance de plus de 9 %, tandis que le dinar a affiché une appréciation relative face aux principales devises.

Dans le même temps, la Banque centrale a ajusté ses instruments de politique monétaire, notamment à travers la baisse du taux directeur et du taux des réserves obligatoires, afin d’encourager les banques à renforcer leur rôle dans le financement de l’économie et soutenir la dynamique d’investissement. Les réformes réglementaires se sont également poursuivies en 2025, avec l’édiction de plusieurs textes encadrant la comptabilisation des opérations bancaires, le développement de la finance islamique ainsi que la gestion des opérations en devises.

S. B.

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