Vernissage de l’exposition : «Retrouvailles» à la fondation Asselah : Trois peintres, une mémoire partagée

Ph . A. Asselah
Ph . A. Asselah

Dans une atmosphère empreinte de mémoire et de dialogue silencieux entre les œuvres, l’exposition collective «Retrouvailles» réunit trois signatures picturales algériennes : Adel Djilali, Mohamed Bendima et Abdelouahab Kafnemer, au sein de la fondation Asselah, où le vernissage s’est tenu samedi après-midi. L’exposition se prolonge jusqu’au 11 avril, offrant au public une traversée sensible des écritures plastiques contemporaines.

Mais «Retrouvailles» n’est pas qu’un simple accrochage collectif. Elle puise sa force dans une histoire commune : celle de trois artistes formés ensemble à l’École des beaux-arts, unis par des années d’apprentissage, de recherche et de confrontations esthétiques. C’est cette mémoire partagée qui donne sens à l’intitulé de l’exposition, pensée comme un moment de convergence, presque intime, où les trajectoires individuelles se rejoignent à nouveau dans l’espace d’une même exposition.
Dès l’entrée, le regard est happé par une tension chromatique maîtrisée : les toiles dialoguent dans un jeu de contrastes où les couleurs ne sont pas de simples éléments décoratifs, mais de véritables vecteurs d’émotion.
Chez Adel Djilali, la palette oscille entre densité et éclat, convoquant des teintes profondes, ocres brûlés, bleus saturés, rouges vibrants, qui structurent l’espace pictural. La couleur y devient matière, presque tactile, déposée par strates successives, comme si chaque couche portait la mémoire d’un geste.
Face à cette intensité, les œuvres de Mohamed Bendima introduisent une respiration différente. Les formes s’y déploient dans une dynamique plus ouverte, parfois fragmentée, où la ligne hésite entre figuration et abstraction. Les couleurs, plus diffuses, glissent les unes dans les autres, créant des zones de transition subtiles. Cette approche confère à ses compositions une dimension méditative, où le regard circule librement, recomposant le sens.
Avec Abdelouahab Kafnemer, la surface picturale devient terrain d’expérimentation. Les formes apparaissent comme en suspension, libérées de toute gravité, dans une organisation qui privilégie l’équilibre instable. La couleur, souvent plus retenue, agit par touches ponctuelles, venant rythmer la composition plutôt que la saturer. Il en résulte une écriture plastique qui joue sur le vide et le plein, sur la suggestion plutôt que l’affirmation.
Ce qui frappe dans «Retrouvailles», c’est précisément cette capacité à faire coexister des univers distincts sans jamais les opposer. Les œuvres se répondent par affinités discrètes : une vibration colorée ici, une tension formelle là, un écho dans le traitement de la matière ailleurs.
L’exposition assume la pluralité comme principe, tout en révélant un socle commun hérité de leur formation partagée.
Au-delà de la simple réunion d’artistes, «Retrouvailles» s’impose ainsi comme une réflexion sur le langage pictural lui-même. Couleur, forme, texture : autant d’éléments qui, entre les mains de ces trois peintres, deviennent les outils d’une exploration sensible du réel et de l’imaginaire.
Une exposition qui, par la richesse de ses propositions plastiques, célèbre autant les parcours individuels que la force des liens fondateurs.

S. O.

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