À quelques jours de la célébration de la fête de la Victoire, le 19 mars, la librairie Chaïb-Dzaïr de l’Entreprise nationale de communication, d’édition et de publicité (ANEP) a abrité, jeudi soir, une rencontre littéraire animée par l’historien Fouad Soufi, consacrée à l’histoire de la fondation d’Alger et à la construction du territoire algérien à travers les siècles.
La conférence a réuni un public nombreux venu assister à l’intervention de l’universitaire qui a revisité certains épisodes majeurs de l’histoire nationale et déconstruit des thèses héritées du discours colonial. Devant un public averti, l’enseignant-chercheur, reconnu pour ses travaux sur l’histoire d’Oran, a choisi cette fois de tourner son regard vers la capitale. Dès l’entame de son intervention, il a posé deux questions fondamentales : comment l’Algérie est-elle devenue le pays que nous connaissons aujourd’hui et comment des hommes ont-ils façonné cet espace pour en faire un territoire structuré et vivant ? Pour y répondre, l’historien a entraîné l’assistance dans un voyage à travers les siècles, remontant notamment au XVI siècle et à l’arrivée des frères Barberousse.
Cette période, a-t-il expliqué, marque un tournant décisif dans l’histoire d’Alger, devenue alors une puissance régionale influente en Méditerranée. Mais l’un des moments les plus marquants de la rencontre fut la réponse ferme apportée par l’historien aux thèses du géographe et historien colonial Émile-Félix Gautier. Enseignant à la faculté d’Alger au début du XX siècle, ce dernier soutenait que l’Algérie n’avait pas d’histoire avant 1830 et que la colonisation française lui aurait « donné naissance ».
Pour Fouad Soufi, ces affirmations relèvent d’un discours idéologique démenti par les faits historiques. L’universitaire a ainsi rappelé la succession de civilisations ayant marqué le territoire algérien bien avant la période coloniale, évoquant notamment l’héritage politique et culturel des Zianides, qui ont contribué à structurer l’espace nord-africain plusieurs siècles auparavant.
Au fil de l’intervention, le public composé de passionnés d’histoire a suivi avec attention ce véritable cours d’histoire, mesurant l’écart entre les récits forgés durant la période coloniale et la richesse réelle du passé algérien. En conclusion de cette conférence, l’historien a livré une réflexion qui a particulièrement marqué l’auditoire : « L’Algérie, c’est ce beau territoire que nous a donné notre réussite », a-t-il affirmé, rappelant que la nation est le fruit du travail, de l’ingéniosité et de la continuité historique de ses peuples, et non le produit d’un héritage imposé par la colonisation.
M. K.