Portrait - Abdelkrim Dali : une vie dédiée à la transmission et à l’excellence

On ne peut passer un Aïd sans évoquer le grand Abdelkrim Dali, figure majeure de la musique classique et de la culture algérienne. Il incarne à lui seul la mémoire vivante de la musique andalouse, une tradition séculaire dont il fut l’un des plus fervents gardiens.

Au-delà de son grand engagement à conserver ce patrimoine musical, sa virtuosité à différents instruments, sa tessiture vocale d'une grande clarté capable aussi de chanter sans micro ou encore sa maîtrise des deux écoles andalouse de Tlemcen (gharnati) et d’Alger (sanaà), Abdelkrim Dali occupe affectueusement une place dans le cœur de chaque Algérien. Il s’invite dans tous les foyers du pays aux matinées de l’Aïd pour interpréter  Saha Aïdkoum, chanson de neuf minutes qui félicite les jeûneurs des quatre coins du pays, ainsi que Ibrahim El-Khalil, pour rappeler l’histoire du rituel du sacrifice dans la tradition musulmane. L’authentique clip en noir et blanc et le fort message des deux chansons s’imposent comme le charme des fêtes religieuses ainsi que la voix de l’interprète qui traverse le temps avec une sérénité intemporelle. Né en 1914 à Tlemcen et décédé en 1978 à Alger, Abdelkrim Dali est instrumentiste polyvalent, capable de jouer plusieurs instruments, notamment le rebab et l'oud. Il se forme très tôt auprès de grands maîtres de la tradition andalouse. Son talent le conduit à intégrer des orchestres prestigieux, notamment ceux de Larbi Bensari et Cheikha Tetma, ce qui lui vaut une reconnaissance rapide. Dès la fin des années 1930, il entame des tournées en Algérie puis en France, avant de rejoindre Radio-Alger, où il s’impose comme joueur d’oud. Il s’installe à Alger en 1945 pour travailler et côtoyer, entre autres, Mahieddine Lakehal ou encore Mohamed Fekhardji, autrefois chef d’orchestre de la Radio d’Alger. Après l’indépendance, il poursuit sa mission de conserver cet héritage séculaire dans toutes les villes algériennes et comme ambassadeur à l’étranger de cette musique citadine d’exception. Décoré de l’Ordre du mérite national au rang de Djadir, Abdelkrim Dali, conscient de la fragilité du patrimoine immatériel, consacre une grande partie de sa vie à la transmission. À travers l’enseignement, les répétitions, les rencontres avec les jeunes musiciens, il s’attache à perpétuer un art qui pourrait, sans vigilance, sombrer dans l’oubli. Dans ce rôle de pédagogue, notamment au sein du Conservatoire d’Alger entre 1970 et 1977, il révèle une autre facette de sa personnalité : celle d’un homme généreux et profondément attaché à l’idée de continuité. Au soir de sa vie, il fait le pèlerinage à la Mecque et compose un grand poème symphonique intitulé Rihla Hidjazia, œuvre qui représente le couronnement d'une longue carrière au service de la musique andalouse. Aujourd’hui encore, l’empreinte de Abdelkrim Dali demeure vivante dans le paysage musical algérien. Elle se retrouve dans les voix qu’il a formées, dans la fondation éponyme qui immortalise son œuvre, dans les orchestres qu’il a inspirés et dans cette manière singulière d’aborder la musique comme un art de l’élévation.

K. B.

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