Le roman de Hosni Kitouni, au titre évocateur Ce que la mort m'a pris de toi, renvoie à une période à jamais révolue, inscrite dans la grande Histoire du pays, à laquelle se greffe la petite saga d’une famille dont le père est monté au maquis et n’en est jamais revenu.
Ce départ est ressenti comme un immense drame par la famille qui peine à dépasser cette situation tragique, particulièrement pour les enfants, et surtout le plus jeune, profondément traumatisé. C’est l’histoire de l’auteur qui raconte avec émotion cette douloureuse séparation.
Paru aux éditions Casbah, ce roman-témoignage éclaire sur une époque où le départ du père pour le maquis est vécu comme une tragédie familiale majeure. Dans la famille Kitouni, la mère sombre dans sa détresse et le benjamin est en plein désarroi, comme le reste des enfants. Cet événement malheureux lui fait ressentir un grand vide dans son enfance dorée et le pousse à se remémorer ses bons moments passés avec son père, lors de sa rentrée scolaire ou dans tous les petits instants passés en sa compagnie à jouer ou à l'écouter.
Ce témoignage vivant de Hosni enfant est resté gravé dans les moindres recoins de sa mémoire. Ce n’est que plus tard, une fois le décès de son père annoncé, que l’enfant devenu adulte comprend pleinement cette tristesse. Le benjamin, devenu adulte, se recueille sur la tombe de son père, tombé en embuscade avec un ami, dans le cimetière des martyrs, et parvient à mieux cerner et ressentir cette affliction.
Dans cet ouvrage touchant, cette histoire empreinte d’émotions et de sentiments rappelle celle de tous les enfants d’Algérie ayant perdu leur père lors de la guerre de Libération nationale. Chacun l’a vécu à sa manière, avec incompréhension, douleur et désarroi. «D’une valeur exceptionnelle, cet ouvrage est le récit personnel, à subjectivité pleinement assumée, de l’expérience, à la jonction de l’historique et de l’intime d’un enfant de sept ans dont le père, Abdelmalek Kitouni, quitte sa famille de Constantine pour rejoindre le maquis», peut-on lire en quatrième de couverture, écrit par l’écrivain et poète Amin Khan.
Ce récit bouleversant témoigne de la vivacité de la mémoire d’un enfant qui, avec moult détails, a su retranscrire cette période et cette souffrance avec émotion. C’est un roman qui permet de mieux appréhender les affres de la colonisation, le bouleversement familial vécu par la famille et le traumatisme des enfants. D’une écriture pleine d’authenticité et de chaleur, ce roman intime, qui se lit d’une traite, a su toucher la fibre sensible du lecteur et transmettre ce que l’enfant a subi. Par des mots à forte résonance, Hosni Kitouni nous touche et nous trouble profondément.
K. A.