Manel Gharbi à El Moudjahid : «La relève féminine fait rayonner la musique andalouse»

Ph . A. Asselah
Ph . A. Asselah

Entretien réalisé par : Mehdi Kaouane

En marge du concert Dziriyat animé au Théâtre national algérien Mahieddine-Bachtarzi (TNA) durant le mois de Ramadhan, l’artiste Manel Gharbi a répondu à nos questions pour évoquer son attachement au patrimoine musical algérien, son engagement envers la relève féminine dans la musique andalouse, ainsi que le lien indissociable qu’elle entretient entre musique et tenue traditionnelle.

El Moudjahid : Fouler la scène du TNA constitue un moment fort pour chaque artiste. Quelle signification revêt pour vous cette expérience et quel message souhaitez-vous transmettre à travers votre prestation ?

Manel Gharbi : Fouler les planches du TNA est pour moi une émotion profonde, mêlant humilité et joie. Ce lieu est chargé de l’histoire de la musique algérienne et du patrimoine andalou. Mon message au public est simple, le patrimoine est vivant et doit être transmis. À travers les chants que je propose, je souhaite rappeler que notre héritage musical fait partie de nous et continuera de vibrer tant que nous le partagerons et l’aimerons.

Votre parcours conjugue musique, pharmacie et animation télévisée. En quoi cette diversité d’expériences façonne-t-elle votre rapport à la scène et à l’expression artistique ?

Pour moi, toutes ces activités ne sont pas des «casquettes» séparées, mais différentes expressions d’un même engagement envers les autres et la culture. La pharmacie m’a enseigné l’écoute et la rigueur, la musique nourrit l’âme et permet de transmettre des émotions, et l’animation m’a apporté la maîtrise du direct ainsi que le sens du contact avec le public. Quant aux instruments, le piano m’impose la discipline de la tradition occidentale, tandis que l’oud et le violon me relient à nos racines et au maqam. Cette complémentarité m’offre une vision globale de la scène et me donne la liberté de chanter avec sincérité et assurance.

Le concert Dziriyat rend hommage aux grandes figures féminines de la musique algérienne. Comment avez-vous pensé et construit ce programme pour refléter cet héritage ?

Le thème de la soirée était  Dziriyat , un hommage vibrant aux grandes dames de la musique algérienne, ces figures emblématiques qui ont façonné et transmis un patrimoine musical riche et unique. J’ai choisi de construire un programme entièrement centré sur ces artistes pionnières afin de mettre en lumière leur contribution exceptionnelle à la culture et à la musique nationale. Le répertoire proposé a été soigneusement sélectionné pour refléter la diversité et la richesse de notre héritage musical : de la musique andalouse, avec ses nawbat subtiles et raffinées, au hawzi d’Alger, en passant par le chaâbi populaire, chaque style a été interprété dans le plus grand respect de l’authenticité et de la tradition. Chaque pièce a été préparée de manière à ce que le public puisse sentir toute la profondeur et la beauté de ces œuvres, tout en ressentant l’âme des femmes qui les ont portées avant nous. L’objectif de cette soirée allait au-delà d’un simple concert : il s’agissait de faire revivre ces voix féminines historiques, de rappeler leur rôle essentiel dans la préservation de la musique algérienne et de transmettre au public l’importance de leur héritage. En revisitant ces œuvres, nous avons voulu montrer que la musique n’est pas seulement un art, mais aussi un témoignage vivant de l’histoire, de la culture et de l’émotion des femmes qui ont marqué notre patrimoine musical.

À travers votre engagement pédagogique au sein de l’école ACIMA, vous accompagnez la jeune génération. Comment percevez-vous aujourd’hui l’évolution et la place de la relève féminine dans la musique andalouse ?

Absolument. Mes élèves savent que je pratique ce que j’essaye de transmettre. Monter sur scène montre que la discipline, le travail et la passion permettent d’atteindre des moments de grâce. Quant à la relève féminine, elle est aujourd’hui prometteuse : les jeunes filles jouent du rebab, dirigent des orchestres et maîtrisent les nawbat avec talent. Le chemin vers une reconnaissance complète reste long, mais à travers ACIMA, je leur transmets à la fois les connaissances techniques et théoriques, ainsi que la force nécessaire pour s’imposer dans un domaine encore parfois conservateur. L’énergie féminine est essentielle pour que la musique andalouse continue de rayonner.

Votre attachement aux tenues traditionnelles est une signature forte de votre identité artistique. Comment ce lien entre costume et musique participe-t-il à votre interprétation sur scène ?

Pour moi, le costume et la musique sont indissociables. Le karakou, le caftan ou la gandoura ne sont pas des déguisements, mais de véritables symboles de dignité et de noblesse. Pour la soirée Dziriet, Karim Akrouf a conçu une tenue spéciale inspirée d’Alger et de Tlemcen, avec des broderies rappelant les motifs des anciens manuscrits musicaux. Le costume complète l’interprétation et me permet de ressentir la présence des femmes qui m’ont précédée, notamment ma mère et ma grand-mère.

M. K.

 

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