L’artiste Samir Toumi à El Moudjahid : «aimez la musique andalouse»

Samir Toumi, figure éminente du patrimoine musical algérien, revient sur sa vision de la transmission de la musique andalouse, entre respect des traditions et adaptation au public contemporain.

El Moudjahid : Votre répertoire inclut la musique arabo-andalouse et le haouzi. Comment faites-vous pour préserver l’authenticité de ce patrimoine tout en le rendant accessible au public d’aujourd’hui ?

Samir Toumi : La démarche est avant tout une démarche de sauvegarde et de préservation. Tous ceux qui ont suivi une formation classique en musique andalouse sont tenus de respecter les règles, les modes, les textes et les manières d’interpréter cette musique. Il y a tout un héritage transmis par les anciens, et notre rôle aujourd’hui est de le transmettre aux nouvelles générations. En même temps, nous devons aussi nous adapter au public contemporain. Il faut trouver un équilibre entre le respect de l’authenticité et la manière de présenter cette musique sur scène. Par exemple, à travers la scénographie, la durée des morceaux, l’enchaînement des pièces ou certaines orchestrations, nous pouvons rendre cette musique plus accessible sans la dénaturer. Le but n’est pas de la changer, mais de la présenter d’une manière qui parle au public d’aujourd’hui, surtout aux jeunes, pour qu’ils puissent l’aimer et s’y intéresser.

Comment choisissez-vous les pièces que vous interprétez lors de vos concerts, sachant que votre répertoire couvre plusieurs styles du patrimoine musical algérien ?

En général, lorsque nous préparons un spectacle, nous définissons les grandes lignes du programme à l’avance, surtout pour un événement important ou dans une salle prestigieuse comme l’Opéra d’Alger. Nous choisissons les pièces en fonction du thème de la soirée, du public, de la durée du spectacle et du message que nous voulons transmettre. Mais sur scène, les choses ne se passent pas toujours comme prévu. Nous sommes face à un public, et il y a une interaction directe. Parfois, des spectateurs demandent une chanson précise ou un style d’une région musicale spécifique, et nous essayons, dans la mesure du possible, de répondre à ces demandes. Il arrive donc que le programme change en cours de spectacle et que nous partions vers d’autres styles ou d’autres chansons. La plupart du temps, nous veillons à proposer un programme varié qui représente la richesse de la musique algérienne, de l’Est à l’Ouest, en passant par la Kabylie, le chaâbi algérois, le haouzi, l’andalou et d’autres styles du patrimoine national. Il est important pour nous de mettre en avant et de valoriser cette diversité musicale.

Quel regard portez-vous sur la nouvelle génération d’artistes intéressés par la musique andalouse ? Quels conseils leur donneriez-vous pour perpétuer cet héritage ?

Je suis très heureux et rassuré de constater qu’une nouvelle génération s’intéresse à la musique andalouse et à la musique traditionnelle en général. Lorsqu’on assiste à des spectacles ou à des soirées organisées par des associations de musique andalouse, on remarque un public de plus en plus jeune, et cela fait vraiment plaisir. Cela montre que cette musique n’est pas en train de disparaître; au contraire, elle continue de vivre et de se transmettre. Ces dernières années, de nombreux jeunes apprennent cette musique, rejoignent des associations musicales, découvrent les noubas, les modes et les poèmes anciens. C’est très important. Mon conseil pour eux est d’abord d’aimer cette musique, ensuite de la respecter, de l’apprendre sérieusement et surtout de comprendre son histoire et sa valeur culturelle. Ce n’est pas seulement de la musique, c’est un patrimoine, une mémoire, une identité. Nous, en tant qu’artistes d’une génération intermédiaire, avons connu les anciens maîtres et travaillons aujourd’hui avec les jeunes. Nous essayons de faire le lien entre les deux générations, en apportant parfois un peu de modernité ou de fraîcheur dans la présentation pour attirer les jeunes, tout en leur faisant découvrir la richesse de la musique ancienne. C’est ainsi que ce patrimoine pourra continuer à vivre.

M. K.

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