Dans l’enceinte de Dar Abdeltif, où se croisent depuis des décennies les voix de la création, une nouvelle cartographie sonore s’esquisse. Du 30 mars au 4 avril, l’Agence algérienne pour le rayonnement culturel (AARC) y installe une résidence artistique consacrée aux percussions et aux rythmes croisés, réunissant des artistes venus du Sénégal, de Tunisie et d’Algérie, dans le cadre de la Journée internationale de la percussion africaine.
Derrière l’apparente simplicité du geste percussif se joue une ambition plus vaste interroger le rythme comme matrice commune, comme mémoire enfouie et comme langage de circulation entre les cultures africaines. Car du Sahel aux rivages méditerranéens, les frappes, les pulsations et les syncopes racontent des histoires anciennes, migrations, rites, résistances, tout en demeurant un terrain fertile pour les écritures contemporaines. Pensée comme un espace de recherche autant que de création, la résidence s’organise autour d’un dialogue exigeant entre traditions et modernité. Les artistes invités ne se contentent pas de juxtaposer leurs héritages : ils les mettent à l’épreuve, les déconstruisent et les réinventent dans une dynamique collective où l’écoute devient acte fondateur. Le rythme, ici, n’est plus simple accompagnement; il devient architecture, souffle et langage autonome.
Au cœur de cette démarche, la transmission occupe une place essentielle. La master class ouverte au public, prévu le 31 mars de 10h a 12h, s’annonce comme un moment de partage, où les savoirs circulent sans hiérarchie, entre pédagogie et improvisation.
Une immersion directe dans les logiques rythmiques de différentes aires culturelles, où le geste se fait discours et le corps instrument. Le point culminant de cette résidence prendra la forme d’un concert de restitution, le vendredi 3 avril à 19h, toujours à Dar Abdeltif. Plus qu’une simple présentation, cette performance s’annonce comme une œuvre en mouvement, fruit d’une écriture collective façonnée dans l’instant, où se mêleront textures sonores, énergies brutes et subtilités rythmiques. Une création éphémère, mais porteuse d’une intensité durable.
À travers cette initiative, l’AARC affirme une vision claire : faire de l’Algérie un carrefour actif des imaginaires artistiques africains. Dans un monde fragmenté, cette résidence propose une autre lecture, celle d’un continent relié par ses rythmes, où la création devient un espace de résonance, de dialogue et de projection vers l’avenir.
S. O.