«En remontant la rue Didouche» de Djaouida Ibnou-Zekri : dans les sillons de la mémoire

Paru aux éditions Casbah, le roman de Djaouida Ibnou-Zekri est un condensé de réminiscences de son enfance, à Alger, et d’adulte, en France. Elle raconte avec subtilité les petites choses de la vie quotidienne, ainsi que l'histoire de ses familles, paternelle et maternelle.

Poignant et émouvant, ce récit se lit avec une grande fluidité et beaucoup d'émotions. L’autrice fait activer sa mémoire sensitive comme la madeleine de Marcel Proust dans l'œuvre Du côté de chez Swann. Alger et une de ses principales rues, en l’occurrence Didouche-Mourad, d'où elle est native, l'a suggérée, elle se remémore un pan de sa vie. Sa rue bien-aimée a été le déclencheur de tous ses petits instantanés de vie qui remontent et qu'elle revisite dans sa mémoire.
Le passé exhumé et vivifié est décrit avec des mots simples et complaisants. Djaouida Ibnou-Zekri livre, sans détours, l'histoire de sa famille lors du tri des objets et des lettres dans l'appartement de ses parents suite à leur décès. Elle raconte, avec bonhomie, son origine algéroise, du côté paternel, et kabyle, par sa maman. Son grand -père paternel baba-cheikh était connu comme professeur de droit musulman et son père comme médecin à la rue Ahmed-Zabana. Son école primaire, à proximité de la rue Didouche, et ses études supérieures, à l'université d'Alger, qu'elle poursuivra en France, à Nice et à Paris, l'affection et la tendresse de ses parents, sa nounou Kissa, le charisme du grand homme baba cheikh, el horma, le duo de chansons, le temps des pénuries de bananes, entres autres, les allers-retours, l'élégance de la cigarette…

Toutes ces souvenances défilent au gré de ses humeurs et ses états d'âme l'a replongent dans un passé pas très lointain qui, parfois, l'a ravi et parfois l’a désenchanté. Dans cet ouvrage En remontant la rue Didouche, la romancière, soucieuse du détail, convoque sa mémoire qui, sans faille, le lui rend bien. Elle passe au peigne fin sa mémoire qu'elle interpelle. Touchant et tendre, ce récit de vie est empreint d'émotions, d'impressions et de nostalgie.

Vivant actuellement à Paris, elle fait des allers-retours au pays, cette nostalgie qui lui colle à la peau, loin de sa ville natale, lui fait dire : «À jeter ainsi l'ancre et la lever régulièrement, on devient cet étranger, cet exil ayant pour seul pays d'attache, la mémoire».

Ce roman touchant évoque le patriotisme, la nostalgie et convoque la mémoire. Titulaire d'une licence de lettres modernes de la Faculté d'Alger, Djaouida Ibnou-Zekri signe son premier roman.

D'une écriture pleine de clairvoyance et d'authenticité, l'auteure a mis le pied à l'étrier du monde des belles lettres. Pleine de promesses !

K. A.

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