Djamel Matari expose à la galerie Ezzou'art : sauvegarder notre mémoire collective

Ph. : Y. Cheurfi
Ph. : Y. Cheurfi

De visu, les cimaises de la galerie Ezzou'art regorgent de photographies de l'artiste Djamel Matari sur la fantasia et les zaouias. Intitulée «Chevaux de feu, terres de silence», cette exposition se décline dans la préservation et la sauvegarde du patrimoine culturel. Dans la perspective de la transmission d'un legs atavique porteur d'une mémoire collective séculaire, ces photos sont des témoins de la valorisation de notre culture. Jamel a su, avec doigté, immortaliser ces rituels qui font partie intégrante des us et traditions de l'Algérie et du Maghreb.
Ces photos, qui s'inscrivent dans une belle approche artistique et dans le segment du documentaire, donnent une grande visibilité à la fantasia. L'artiste émérite a donné vie à cet événement qui a traversé les époques pour valoriser et vivifier ces pratiques sociales et culturelles. «Je m'intéresse aux traces, aux gestes et aux lieux porteurs de mémoire, en particulier dans le patrimoine culturel», dit-il samedi après-midi à l’occasion du vernissage de l’exposition. À l'image de l'anthropologue et de l'historien, et avec le souci de contrer l'oubli, l'artiste ne cesse de débusquer le visible de l'invisible, l'intériorité, et de donner vie à la résonance du temps. Ce temps qui lamine tout !
Ce sont de belles photos de haute facture qui nous font pénétrer au cœur des fantasias et des rituels des zaouias, essence de notre terroir et de notre culture millénaire. Avec ses 24 photographies, Jamel témoigne d'une pratique sociale très prisée du terroir. Le photographe a figé des instantanés de fantasia à Tiaret, Affelou et El Bayadh, ainsi que les zaouias de Timimoun. Il a fait un parallèle entre la fougue du cheval, le bruit des sabots, la détonation du baroud et le silence sempiternel empreint de méditation et de ferveur des zaouias. «Cette exposition explore le lien profond entre la fantasia, faite d'élan, de mouvement et de puissance, et les zaouias, espaces de silence, de recueillement et de transmission; derrière leurs différences apparentes, ces deux univers partagent une même mémoire vivante et une manière commune d'habiter le monde», déclare-t-il. À cet effet, le photographe chevronné s'implique dans cette transmission pour sauvegarder cette mémoire collective. Ces pratiques de la fantasia, qui puisent leur substrat dans les traditions des tribus berbères et arabes, remontent aux périodes préislamique et islamique, où ces tribus pratiquaient des rituels et des cérémonies pour célébrer leurs victoires militaires. Il est à noter que Djamel Matari a un grand attrait pour ces fantasias qui le fascinent. En quête d'histoire et de patrimoine, le photographe Djamel nous plonge de plain-pied dans cet univers pour nous rappeler que notre passé est fait de grandeur et de gloire. Il axe sur cette mémoire séculaire que l'on ne saurait ou-blier !
L'artiste comptabilise de nombreuses années d'expérience dans ce domaine. Suite à des études en architecture et à l'Ecole des beaux-arts d'Alger (diplôme en design dans l'aménagement), il s'oriente vers la scénographie, la communication visuelle, et il emprunte la voie de la photographie qu'il affectionne particulièrement. D'une profonde analyse, Djamel Matari, loin d'être passéiste, reste nostalgique des us et coutumes qui font notre fierté et notre mémoire collective que l'on doit sauvegarder. Cette exposition, qui se tient du 28 mars au 16 avril courant, est à voir expressément !

K. A.

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