Le temps d’une soirée, l’Opéra d’Alger Boualem-Bessaïh a délaissé son répertoire classique, pour s’ouvrir aux chants authentiques du Sud algérien. Sur cette scène prestigieuse, la troupe El- Ferda de Béchar a offert, mercredi soir, un moment musical intense, faisant résonner l’âme de la Saoura, à travers un spectacle empreint de spiritualité et de poésie.
Devant un public relativement nombreux, la troupe a présenté le répertoire «Tawasol», un programme qui puise dans les profondeurs du patrimoine musical du Sud-Ouest algérien. À la tête de l’ensemble, le chanteur et musicien Larbi Bestam a guidé les spectateurs dans un voyage musical de plus de deux heures, marqué par l’authenticité et l’émotion. Dès son entrée sur scène, visiblement touché, l’artiste a exprimé au public «tout son bonheur de le retrouver», installant d’emblée une atmosphère chaleureuse et complice.
Entouré d’une formation de musiciens talentueux, Abdrabbi Bouhamza au violon alto, Farouk Benabdellah au clavier, Abdelouahab Hosni à la derbouka, ainsi que Abderabbi Benadda, Lakhdar Hamidi et Hamza Mouna aux percussions, Larbi Bestam, également virtuose du oud, a interprété une quinzaine de chansons qui ont transporté l’assistance dans un univers mystique et profondément ancré dans la tradition saharienne.
Le répertoire proposé mêlait louanges au Divin et célébrations du Prophète (QSSSL), à travers des maddihs empreints de ferveur. Parmi les pièces interprétées, figuraient notamment Krim El-Kourama, Es’slawes’lemâla N’bi, Djillali ya Boualem, Djoud, djoudyamoulana (tindi), Ya men’dra, Salam salamou et Benbouziane. Chaque morceau, porté par des voix chaleureuses et des arrangements subtils, invitait à la contemplation et à la communion, avec un héritage musical séculaire. Tout au long de la soirée, Larbi Bestam a su instaurer une interaction conviviale avec les spectateurs, les invitant à reprendre certains refrains et concluant les pièces dans la cadence envoûtante du rythme «berouali». Cette complicité a renforcé l’atmosphère festive et spirituelle qui a marqué la soirée.
Les spectateurs ont particulièrement salué la richesse d’un registre empreint d’authenticité, nourri par un patrimoine musical et poétique transmis à travers les siècles par de grandes figures populaires de la région. Fondée en 1991, la troupe El-Ferda s’est imposée, au fil des années, comme l’une des ambassadrices les plus fidèles de la musique de la Saoura. Elle compte à son actif un album et une série de dix-sept enregistrements réunis dans un coffret édité en 2011 par l’Office national des droits d’auteur et des droits voisins (ONDA), témoignant de la richesse et de la diversité de son répertoire.
Au-delà des scènes nationales, la troupe a également représenté l’Algérie à plusieurs reprises à l’étranger, contribuant à faire connaître un patrimoine musical d’une grande profondeur. À l’Opéra d’Alger Boualem-Bessaïh, elle a une nouvelle fois démontré que les traditions musicales du Sud continuent de vibrer avec force et authenticité.
M. K.