Abderrahmane Azouli, artiste plasticien : «Ma peinture est un espace où les formes se métamorphosent»

Entretien réalisé par : Kheira Attouche

À la fois passionné de couleur et plasticien chevronné, Abderrahmane Azouli allie peinture et mapping, explorant de nouvelles pratiques tout en transmettant émotions et sensibilité à travers ses œuvres. Biologiste marin de formation et consultant formateur, il considère la peinture comme un véritable sacerdoce, créant un dialogue vivant entre son art et le spectateur.

El Moudjahid : Quels ont été vos premiers pas dans l’art pictural ?
Abderrahmane Azouli : Mes premiers élans vers la peinture remontent à l’enfance. J’ai toujours été fasciné par la couleur, par sa capacité à évoquer des émotions, des paysages intérieurs et des formes qui dépassent la simple représentation du réel. Très tôt, le dessin et la peinture sont devenus pour moi un langage parallèle, une manière de comprendre le monde et de traduire ce qui ne peut pas toujours être exprimé par les mots.
Au fil du temps, cette pratique intuitive s’est transformée en une véritable recherche artistique. Mon travail explore souvent des territoires symboliques et imaginaires où se mêlent formes organiques, traces gestuelles et fragments de figures. Il s’agit moins de représenter que de révéler une présence, une mémoire ou une énergie intérieure.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?

Mon parcours se situe à la croisée de plusieurs univers. Je suis artiste peintre, mais également biologiste marin de formation et consultant formateur dans les domaines des soft skills, de la communication et du leadership.
Sur le plan artistique, j’ai participé depuis plusieurs années à de nombreuses expositions individuelles et collectives en Algérie et à l’international, notamment en Chine, en Espagne, en Hongrie et en Tunisie. Ces expériences m’ont permis d’inscrire mon travail dans un dialogue plus large avec d’autres cultures et sensibilités artistiques.
Récemment, j’ai participé au symposium international de peinture en Tunisie en novembre dernier, une expérience particulièrement enrichissante qui a favorisé les échanges créatifs entre artistes de différents horizons. De plus, mes œuvres ont été présentées lors d’un rendez-vous d’art contemporain organisé à la délégation de l’Union européenne à Alger, ainsi que dans le cadre d’une projection artistique lors du mapping Festival Algeria au Musée national du Bardo.
Ces participations témoignent de mon intérêt pour les croisements entre peinture, espace et nouvelles formes de présentation de l’image.

Votre travail oscille-t-il plutôt entre figuratif et abstrait ?

Mon travail se situe à la frontière entre le figuratif et l’abstraction. Je ne cherche pas à m’inscrire strictement dans une catégorie. Il y a souvent dans mes toiles des formes qui suggèrent des corps, des visages ou des présences, mais qui restent volontairement ouvertes à l’interprétation.
L’abstraction me permet de travailler la matière, le rythme et la vibration des couleurs, tandis que certains éléments figuratifs apparaissent comme des traces ou des émergences dans cet univers pictural. Cette tension entre apparition et disparition est au cœur de ma démarche. En somme, ma peinture est un espace de transformation où les formes se métamorphosent et où le spectateur est invité à projeter sa propre lecture.

Pouvez-vous nous parler de votre travail lors du Mapping festival Algeria au musée national du Bardo ?

Lors de cet événement, mes œuvres ont été présentées dans un dispositif de projection dans le cadre du festival. Ce format permet d’explorer une autre dimension de la peinture : celle de l’image projetée dans l’espace architectural. Les textures, les couleurs et les formes de mes toiles prennent alors une dimension immersive. La projection transforme la perception de l’œuvre et crée un dialogue entre la peinture, la lumière et le lieu.
Cette expérience m’intéresse particulièrement car elle ouvre de nouvelles perspectives sur la circulation des images et sur la manière dont la peinture peut exister au-delà du support traditionnel de la toile.
Je suis actuellement en train de réaliser une nouvelle collection qui regroupe toutes mes inspirations et explorations dans l’art pictural, les symboles de notre patrimoine, la communication avec le paysage et la nature, ainsi qu’un dialogue avec la matière et la lumière. Cette exposition solo est prévue pour la mi-avril 2026 dans une galerie sélectionnée dans les hauteurs d’Alger. Je confirmerai le lieu exact et la date début avril.

Quel est votre regard sur la peinture algérienne contemporaine ?

La peinture algérienne contemporaine est très riche et diversifiée. Elle est portée par plusieurs générations d’artistes qui développent des approches très différentes, allant de la figuration narrative à des formes d’abstraction très libres.
Aujourd’hui, il existe une véritable énergie créative. Beaucoup d’artistes explorent de nouvelles techniques, de nouveaux supports et dialoguent avec des questions contemporaines liées à l’identité, à la mémoire ou aux transformations de la société.
Cependant, cette vitalité artistique mériterait d’être soutenue par davantage d’espaces de diffusion, de résidences et de structures professionnelles capables d’accompagner durablement les artistes.

Pensez-vous qu’il existe un marché de l’art en Algérie ?

La question du marché de l’art en Algérie est complexe. Il existe bien sûr des collectionneurs, des galeries et des initiatives culturelles, mais le marché reste relativement limité et fragile.
Beaucoup d’artistes continuent à créer par nécessité intérieure et par engagement artistique, parfois sans véritable soutien économique structuré. Pour que le marché de l’art se développe réellement, il faudrait renforcer les passerelles entre artistes, institutions, galeries et collectionneurs.
Il est également important de développer une véritable culture de la collection et de soutenir les initiatives qui favorisent la visibilité des artistes algériens, tant au niveau national qu’international.

K. A.

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