Abdelkader Guermaz : maître de l’abstraction algérienne

Figure incontournable de l’art algérien moderne, Abdelkader Guermaz reste un artiste peintre de talent incommensurable, dont l’œuvre, pourtant majeure, demeure encore trop peu connue en Algérie. Un artiste d’exception considéré par beaucoup comme le précurseur de l’art moderne algérien pour s’être imprégné de sa culture d’origine tout en étant reconnu dans le monde entier pour sa fabuleuse abstraction lyrique et son exploration spirituelle.
Né le 13 mai 1919 à Mascara, Abdelkader Guermaz est l’un des pionniers de la peinture algérienne moderne et une figure emblématique de l’abstraction en Afrique.

Passant son enfance et son adolescence à Oran, il manifeste très tôt un talent artistique remarquable, qui le conduit à intégrer l’École des Beaux-Arts d’Oran de 1937 à 1940. Il participe alors à des expositions collectives à la galerie Colline, où il côtoie des artistes prestigieux et se fait progressivement un nom dans le paysage culturel algérien.

De Mascara à Oran : l’éveil d’un talent

Dans les premières années de sa carrière, Abdelkader Guermaz se distingue par des œuvres figuratives influencées par les peintres de la réalité poétique, explorant les paysages et la vie quotidienne avec sensibilité et rigueur. Ses premières expositions, notamment à Oran et à Mostaganem, témoignent d’un engagement artistique précoce et d’une volonté de partager sa vision avec le public.

Vers le milieu des années 1950, Abdelkader Guermaz opère une transformation majeure dans son art, s’orientant vers l’abstraction lyrique. Cette évolution s’inscrit dans une dynamique collective avec des artistes de renom, comme Mohamed Khadda, Bachir Benanteur ou Aksouh, qui cherchent à redéfinir la modernité picturale en Algérie. Pour Abdelkader Guermaz, l’abstraction devient un moyen d’exprimer des émotions profondes, de conjuguer tradition et modernité, mais aussi de traduire une quête spirituelle inspirée par le soufisme.

Quand la forme laisse place à l’esprit

En 1961, il s’installe à Paris, au 26 quai du Louvre, où il travaille intensément pendant plus de trente ans. La capitale française devient alors le lieu d’un épanouissement créatif, où il participe à de nombreuses expositions collectives et personnelles, dans des galeries, telles que Marie-Jacqueline Dumay ou Entre monde.

Ses œuvres sont également présentées lors de salons prestigieux à Tokyo, Téhéran, Tunis et Londres, et ses créations font partie de collections publiques et privées de renom, incluant le Centre Pompidou, l’Institut du Monde Arabe et plusieurs Fonds d’art contemporain parisiens.

Un style méditatif et existentiel

Le style d’Abdelkader Guermaz se caractérise par un dépouillement méditatif et une abstraction lumineuse. Peu à peu, les premiers éléments figuratifs s’effacent pour laisser place à des signes flottants, des plages colorées et des textures subtiles. Ses tableaux sont des méditations plastiques, où le silence des formes et la lumière filtrée traduisent une intériorité profonde. Pour lui, peindre n’était pas seulement un acte esthétique : c’était un engagement existentiel, un dialogue entre le visible et l’invisible, entre l’homme et le cosmos.

Outre ses toiles, Abdelkader Guermaz réalise des cartons de tapisserie pour l’aéroport de Riyad, témoignant de sa capacité à décliner son univers abstrait sur différents supports et dans des contextes variés. Sa recherche constante de l’équilibre entre couleur, matière et lumière a fait de lui une figure incontournable de l’abstraction méditative, inspirant des générations d’artistes en Algérie et à l’étranger. L’artiste ne s’enferme jamais dans un seul état d’âme. Ses huiles, aquarelles, pastels, gravures et encres explorent une diversité de formes, de couleurs et de matières, reflet de sa constante recherche et de son plaisir à peindre.

Une œuvre majeure à redécouvrir

Abdelkader Guermaz s’éteint le 9 août 1996 à Paris, laissant derrière lui une œuvre majeure, discrète mais puissante, où se conjuguent modernité, spiritualité et méditation. Ses toiles, aujourd’hui dispersées dans le monde entier, continuent de témoigner de la richesse et de la profondeur de l’art algérien moderne, et rappellent à chacun que la peinture peut être autant un voyage intérieur qu’une fenêtre ouverte sur le monde. La valorisation de son héritage demeure une priorité. Il est essentiel d’organiser une grande exposition de son œuvre et, si nécessaire, de restituer certaines pièces afin que les nouvelles générations d’artistes découvrent des références solides et s’inspirent de l’excellence de leurs prédécesseurs.

K. B. 

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