Zouhir Harichane, directeur du Musée national du Bardo : «Pour une approche muséale interactive»

Ph.:A-Asselah
Ph.:A-Asselah

Le directeur du musée national du Bardo revient sur les initiatives qui rapprochent le public de l’histoire, valorisent le patrimoine et intègrent les nouvelles technologies pour séduire les jeunes comme les passionnés d’archéologie et d’histoire.

El Moudjahid : Comment le musée équilibre-t-il tradition et modernité pour toucher tous les publics ?

Zouhir Harichane : Nous sommes à l’ère de l’information et de la technologie, et le musée doit s’adapter. Autrefois, l’information était centrée sur l’objet lui-même, sans contexte culturel ou historique. Aujourd’hui, chaque exposition dispose d’une scénographie et d’une direction artistique complète, basées sur des recherches approfondies et sur l’usage de nouvelles technologies. Le visiteur devient acteur : il peut interagir grâce à son smartphone pour explorer davantage le contenu. Malgré le budget restreint, nous devons suivre ces évolutions pour internationaliser notre culture.

Avez-vous remarqué un changement dans le profil des visiteurs depuis l’introduction des expositions numériques ?

Absolument. Il y a 10 à 15 ans, les visiteurs étaient surtout des personnes âgées, des retraités ou des passionnés d’histoire et d’archéologie. Aujourd’hui, les jeunes représentent une part importante du public, attirés par ces nouvelles formes de lecture de l’histoire.

Quelles stratégies mettez-vous en place pour accroître la fréquentation du musée ?

Nous organisons généralement une ou deux expositions par an, chacune autour d’une thématique précise. Certains pensent que c’est peu, mais le coût de montage d’une exposition est très élevé et notre budget ne permet pas plus. Ces expositions ont un impact durable : certaines continuent d’attirer des visiteurs pendant une année entière. Nous privilégions des thèmes d’actualité liés au patrimoine et à la recherche archéologique, tout en mettant en avant des technologies comme la 3D ou des présentations immersives.

Pouvez-vous nous donner des chiffres sur la fréquentation du musée ?

En 2025, le musée a accueilli plus de 32.000 visiteurs, toutes catégories confondues : jeunes et adultes, Algériens et étrangers. Si auparavant ce public était majoritairement étranger, nous constatons désormais un intérêt croissant des Algériens, notamment des jeunes. L’introduction de techniques immersives a considérablement augmenté le flux de visiteurs.

Travaillez-vous en partenariat avec des écoles, universités ou associations culturelles ?

Oui, nous collaborons avec plusieurs universités. Nous accompagnons des étudiants en master et doctorat d’archéologie pour étudier nos collections. Nos collections, notamment en géologie, sont consultées par les étudiants de l’USTHB. Avec l’École Polytechnique d’Architecture et d’Urbanisme (EPAU) et l’École d’Architecture de Blida, nous mettons en valeur la bâtisse, classée monument historique.

Pouvez-vous nous parler de la collection du musée ?

Le musée du Bardo possède une collection préhistorique de renommée internationale. L’Algérie est devenue le second berceau de l’humanité avec la découverte du site d’Aïn Boucherit à Sétif. Nous avons deux grandes collections : la première est d’ordre préhistorique, datant de 2,4 millions d’années (Aïn Boucherit, Aïn Lahnèche à Sétif, El Kherba à Aïn Defla), jusqu’à la fin de la préhistoire vers 3 300 avant J.-C. ; la seconde est d’ordre ethnographique, qui couvre toutes les régions du pays : bijoux, poterie, habits, tapisseries… Ces collections servent de base à nos expositions thématiques.

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Prochainement, nous organiserons une exposition sur la broderie algérienne, intitulée “Sanaât Lebra” (le métier de l’aiguille). Elle mettra en avant notre collection et présentera des informations inédites sur ce savoir-faire millénaire. Le musée se développe également par acquisitions et dons. Nous encourageons les particuliers à confier au musée des objets de leur patrimoine, souvent jalousement conservés dans des tiroirs. Cela permet de les rendre accessibles à tous, tout en assurant leur préservation pour les générations futures.

K. B.

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