Dans une Europe en quête de sécurité énergétique durable, l’Algérie s’impose comme un partenaire incontournable, un fournisseur fiable et stratégique, dont le rôle n’a cessé de se renforcer au fil des crises et des recompositions géopolitiques.
Au cœur de cette puissante position énergétique, il y a une infrastructure gazière robuste, des investissements massifs et un partenariat d’exception avec l’Italie, premier débouché du gaz algérien et sa principale portée d’entrée sur le marché européen. L’architecture énergétique reliant l’Algérie à l’Europe repose principalement sur deux axes majeurs. Le premier, le gazoduc Transmed, véritable colonne vertébrale des flux gaziers, relie le gigantesque gisement de Hassi R’mel à l’Italie, via la Tunisie. Long de près de 2.500 km, il affiche une capacité dépassant les 30 milliards de m³ par an, et constitue l’un des plus anciens et des plus stratégiques corridors énergétiques entre l’Afrique et l’Europe. À ses côtés, le gazoduc Medgaz, reliant directement Béni Saf à l’Espagne, offre une capacité de 10,5 milliards de m³ annuel. Si ce dernier renforce la diversification des routes d’approvisionnement, le Transmed, quant à lui, représente l’artère vitale irriguant le Vieux Continent en gaz naturel, à partir de l’Algérie. Une artère qui n’a jamais arrêté de fonctionner depuis sa mise en service en 1983. Ces deux infrastructures confèrent à l’Algérie un avantage immense, qui est celui de pouvoir acheminer du gaz par voie terrestre et sous-marine, en limitant les risques logistiques et en garantissant une continuité d’approvisionnement particulièrement appréciée, dans un contexte international de plus en plus instable. Les données récentes confirment cette centralité énergétique. En 2025, l’Algérie a fourni environ 32,8% des importations gazières de l’Italie, soit plus de 20 milliards de m³ acheminés via Transmed. Entre mars 2025 et février 2026, l’Algérie a fourni à l’Espagne environ 107.114 Gwh de gaz, soit 34,1% des importations totales du pays sur la même période, devançant ainsi d’autres fournisseurs, comme les États-Unis. La majorité des livraisons ont été faites via le gazoduc Medgaz. Le reste a été fourni en Gaz naturel liquéfié (GNL), dont l’Algérie a été le premier pays au monde à l’exporter, en 1964, depuis le complexe d’Arzew. À l’échelle européenne, sa part dans les flux de gaz par gazoduc a atteint 22%, la plaçant au deuxième rang des fournisseurs du continent. Plus globalement, les exportations algériennes par gazoducs ont avoisiné les 30 milliards de m³, dont une part majoritaire destinée à l’Italie. Une performance qui illustre, non seulement la capacité de production de l’Algérie, mais aussi la fiabilité de ses infrastructures. En matière de production, les capacités n'ont cessé d'augmenter, atteignant 140 milliards de m3 de gaz par an, dont plus de 50 milliards destinés à l’exportation. Si l’Algérie a deux principaux clients en Europe, c’est avec Rome que le partenariat énergétique a atteint son apogée. L’Italie est aujourd’hui le premier client européen de l’Algérie, absorbant une part significative de ses exportations gazières et faisant du corridor transméditerranéen un axe vital pour sa sécurité énergétique. Des études sont notamment en cours pour porter la capacité du Transmed à près de 40 milliards de m³ par an, tout en préparant son adaptation au transport de l’hydrogène vert. Dans le cadre de cette dynamique, plusieurs projets sont en cours d’exécution pour renforcer les interconnexions électriques avec l’Europe, notamment via l’Italie, ainsi que pour développer la filière hydrogène, notamment à travers le projet «South H2 Corridor». Il s'agit d’un investissement majeur visant à établir un corridor d’hydrogène vert reliant l’Algérie aux pôles de consommation européens clés, dont l’Italie, l’Autriche et l’Allemagne. Avec une capacité de 4 millions de tonnes par an, ce corridor pourrait atteindre plus de 40% de l’objectif d’importation d’hydrogène vert. L’utilisation des gazoducs existants pour le transport de l’hydrogène, complétée par la construction de nouvelles infrastructures dédiées à cette nouvelle énergie propre, permettra une production compétitive. L’Algérie investit massivement dans la sécurisation et la maintenance de ses gazoducs, l’augmentation des capacités de production, le développement du Gaz naturel liquéfié (GNL), ainsi que la transition vers les énergies de demain, notamment l’hydrogène. Cette vision s’inscrit dans une logique de long terme qui consiste à faire du pays, non seulement un fournisseur de gaz, mais aussi un acteur central de la transition énergétique euro-africaine. Une position que l’Algérie compte bien renforcer en devenant également une plateforme d’exportation pour le gaz nigérian. En effet, la réalisation entamée du gazoduc transsaharien (TSGP), reliant le Nigeria à l’Algérie via le Niger, viendrait renforcer la position de l’Algérie, ainsi que celle de l’Afrique en tant qu’acteur clé de l’équilibre du marché mondial de l’énergie. Dans un marché marqué par les incertitudes, l’Algérie se distingue par une constante qui est le respect scrupuleux de ses engagements. Les flux réguliers observés en 2025, avec des livraisons mensuelles stables vers l’Italie, témoignent d’une maîtrise opérationnelle rare. Cette fiabilité, conjuguée à la proximité géographique et à des coûts de transport compétitifs, renforce son attractivité face à d’autres fournisseurs plus éloignés ou plus exposés aux tensions géopolitiques. À la croisée des enjeux énergétiques mondiaux, l’Algérie apparaît aujourd’hui comme un pilier de la sécurité énergétique européenne. Car le gaz algérien alimente plusieurs autres pays de l’Europe, comme le Portugal, la Slovénie, la Tchéquie et la Pologne. Cela en plus des clients européens traditionnels, comme l’Italie et l’Espagne. Le renforcement de la coopération algéro-italienne vise bien évidemment à augmenter les capacités d’exportation pour faire de l’Italie un véritable hub énergétique pour l’Europe. Grâce à des investissements importants lancés, notamment en partenariat avec l’Italie, elle consolide une position que peu d’acteurs peuvent revendiquer avec autant de constance. Plus qu’un simple fournisseur, elle s’affirme comme un partenaire structurant, capable d’accompagner l’Europe dans ses mutations énergétiques et de laisser durablement son empreinte dans la géopolitique du gaz.
M. A. O.
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La visite vue par la presse étrangère : Unanimité sur la coopération énergétique
La visite en Algérie de la présidente du Conseil des ministres italien ne laisse pas indifférents médias et observateurs, dans la mesure où elle intervient dans un contexte de guerre dans le Moyen-Orient et, par ricochet, de fortes tensions sur le marché de l’énergie, exacerbées par la fermeture du détroit d’Ormuz. C’est, justement, sur ce point que la presse étrangère focalise ses écrits et ses interventions sur la venue de Giorgia Meloni à Alger, les médias italiens en premier, à l’exemple de l’agence de presse Agenzia Nova qui assure que ce déplacement a pour but de «renforcer la coopération et le partenariat avec l’Algérie», tout en rappelant les fortes tensions géopolitiques et les pressions croissantes sur les marchés de l’énergie. Pour cette agence, l’objectif de la visite de la Première ministre italienne, à Alger, est de «renforcer davantage» le partenariat stratégique entre les deux pays, notamment dans le secteur gazier. Le même média souligne que l’Algérie a «consolidé, ces dernières années, son rôle de principal fournisseur d’énergie de l’Italie» et affirme que Rome entend «renforcer» ses relations avec Alger, pour «assurer la continuité», les volumes et une «plus grande flexibilité» des approvisionnements en ces temps d’instabilité et d’incertitudes. Même son de cloche chez «Open.online» qui, dans un article, au titre fort significatif, de «Giorgia Meloni se rend en Algérie pour réclamer davantage de gaz», considère que cette visite vise à solliciter une augmentation des livraisons de gaz, afin de compenser l'arrêt des approvisionnements en provenance du Qatar. De son côté, le quotidien d’information Secolo d'Italia écrit «Meloni est en mission en Algérie», avec en toile de fond les approvisionnements en gaz. «Cette visite s’inscrit dans la stratégie globale de l’Italie pour sécuriser ses approvisionnements», note le journal. «Decode39», un site électronique d'information et d'analyse italien spécialisé dans la géopolitique et les relations internationales, a souhaité, pour sa part, mettre en lumière «le rôle central» que joue l’Algérie dans le marché gazier, affirmant que le pays est devenu «le principal fournisseur de gaz de l'Italie». Mêmes analyses chez «Boursier.com», un média numérique français, spécialisé dans l'actualité financière et les marchés. «Giorgia Meloni se rendra en Algérie sur fond de perturbations de l'approvisionnement en gaz» est le titre d’un article publié à ce sujet. La célèbre agence de presse «Reuters» n’est pas en reste et s’est attardée, elle aussi, sur le déplacement de Meloni à Alger, en notant que «l’Algérie fait partie des pays avec lesquels l'Italie est en pourparlers pour sécuriser les approvisionnements en gaz, suite, donc, aux fortes tensions observées au Moyen-Orient, notamment au Qatar». En Tunisie, on a également commenté cet événement, à l’instar de «Tunisie Focus», un journal électronique, qui soutient que cette visite «intervient dans un contexte de stress énergétique croissant sur les marchés en Europe», tout en affirmant que l’Algérie apparaît comme un «partenaire stratégique» pour l’Italie qui «prépare l’échéance des contrats arrivant à maturité à l’horizon 2027».
S. A. M.