Avec plus de 110 millions de dollars en passe d’être récupérés auprès de la Suisse, pour seulement 4 dossiers finalisés sur des dizaines en cours à travers 32 pays, l’Algérie signe une avancée significative dans un chantier colossal.
C’est une offensive sans répit que mène l’Algérie, sous la conduite du Président Tebboune, pour récupérer les fonds détournés à l’étranger. Des victoires, notre pays en a bien connues, en dépit de la complexité, juridique et bancaire, des démarches. La plus récente vient d’être annoncée par Ahmed Attaf, ministre d'Etat, ministre des Affaires étrangères, de la Communauté nationale à l'étranger et des Affaires africaines, lors de la réunion du Conseil des ministres. En effet, l'Algérie récupèrera, auprès de la Suisse, plus de 110 millions de dollars de fonds détournés et gelés auprès de la Confédération suisse.
Il ne s’agit là que de 4 dossiers qui ont été traités de manière définitive sur un total de pas moins de 33 demandes envoyées par l’Algérie à la Suisse, dont 20 ont été examinées et acceptées.
Ce premier pactole ne représente donc qu’un début. En effet, l’Algérie a engagé une démarche de grande envergure en adressant des commissions rogatoires internationales à 32 pays.
L’Algérie a aussi introduit 53 demandes de restitution auprès de 11 pays, preuve que d’importants montants restent encore à récupérer à l’étranger, malgré des niveaux de coopération inégaux, à l’image de la France qui n’a donné suite à aucune des 61 commissions rogatoires qui lui ont été adressées. Dans les années précédentes, et dans le cadre de la récupération de biens détournés, l’Etat avait, entre autres, réalisé un coup majeur en récupérant l’hôtel de Barcelone connu autrefois sous le nom de Ritz, de l’homme d’affaires incarcéré, Ali Haddad.
Un somptueux hôtel d’une valeur de 100 millions d’euros, devenu désormais un bien de l’Etat. Parallèlement, les efforts menés à l’intérieur du pays ont déjà permis de récupérer près de 30 milliards de dollars en biens de différentes natures, ce qui confirme l’ampleur du chantier engagé et laisse présager que le plus important reste encore à venir.
Joint par nos soins, Abderrahmane Hadef, consultant international en développement économique, affirme que ce dossier de la récupération des fonds détournés, «s’impose aujourd’hui comme un révélateur majeur des transformations profondes engagées par l’État algérien». En sus des montants recouvrés, argumente Hadef, c’est «la capacité de l’État à agir dans des environnements juridiques complexes et à lever progressivement les obstacles liés au secret bancaire qui constitue la véritable avancée stratégique».
Ce processus, enchaîne-t-il, «met en lumière l’émergence d’une diplomatie judiciaire structurée et proactive». L’Algérie, aux yeux de l’économiste, «ne se contente plus d’exprimer des revendications politiques, elle les traduit en dossiers techniques solides, conformes aux standards internationaux les plus exigeants».
Cette évolution «marque un changement de paradigme : elle positionne l’État comme un acteur capable de défendre efficacement ses intérêts dans des juridictions étrangères, en mobilisant à la fois ses compétences juridiques et son poids diplomatique».
Au-delà de sa dimension opérationnelle, la récupération des fonds détournés «participe à la redéfinition du rapport entre l’État et la ressource publique.
Elle consacre le principe selon lequel les avoirs illicitement transférés restent attachés à la souveraineté nationale, indépendamment du temps ou des circuits empruntés». L’enjeu, aux yeux de Hadef, se situe également dans «la capacité à transformer ces ressources récupérées en leviers de développement».
F. I.
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Des universitaires à Constantine saluent
L'annonce de la récupération de plus de 110 millions de dollars de fonds détournés a été largement saluée, hier, par des universitaires à Constantine, qui y voient une consécration des principes de transparence et d'intégrité ainsi qu'un renforcement de la démarche adoptée par l'Etat en matière de lutte contre la corruption.
A ce propos, le professeur Messaoud Dekhala, doyen de la Faculté des sciences politiques à l'Université Constantine 3 Salah-Boubnider, a estimé que cette annonce constitue «la poursuite des progrès réalisés dans le dossier du recouvrement des fonds pillés et représente une victoire de la volonté politique visant à ancrer les principes de transparence et de gouvernance, tout en renforçant la confiance du citoyen envers les institutions de l'Etat».
Il a souligné que «la gestion rigoureuse de ce dossier constitue la pierre angulaire du projet de construction de l'Algérie nouvelle, car elle dépasse la simple récupération d'actifs matériels pour consacrer la moralisation de la vie politique et le tarissement des sources de l'argent sale».
De son côté, le professeur Zoheir Zouache, vice-doyen de la Faculté des sciences économiques, commerciales et des sciences de gestion à l'Université Constantine 2 Abdelhamid-Mehri, a souligné que cette démarche est de nature à «soutenir le Trésor public et à permettre leur affectation au financement de projets de développement prioritaires».
Pour sa part, M. Mehdi Chebarkha, enseignant de comptabilité et fiscalité à l'Université Constantine 2, a expliqué que la récupération de ces fonds représente «une victoire pour les normes comptables de contrôle».
Il a considéré que «l'activation des mécanismes de traçabilité financière permet de prévenir toute manipulation des deniers publics à l'avenir, tout en garantissant l'orientation des ressources vers des investissements productifs».