Premier commandant de la VIe Wilaya historique : Ali Mellah, du Djurdjura au Sahara

Il y a 69 ans tombait au champ d’honneur au Djebel El Louh (Médéa) le colonel Ali Mellah, de son nom de guerre Si Cherif, figure emblématique de la glorieuse révolution de Novembre 1954.

En cette journée du souvenir, un hommage lui a été rendu hier par les autorités locales et la population, à Mekira, au sud-ouest de Tizi-Ouzou, sa région natale. Cette halte commémorative, en souvenir du parcours révolutionnaire du premier commandant de la Wilaya VI historique, tombait au champ d’honneur le 31 mars 1957, s’est déroulée en présence du wali Aboubakr Seddik Boucetta accompagné du P/APW Sid Ali Youcef, des membres de la commission de sécurité de la wilaya, des représentants des organisations de la famille révolutionnaire, de la jeunesse et de la société civile ainsi que des élus locaux et nationaux, une foule nombreuse de citoyens et les membres de la famille du valeureux chahid qui fut chargé, après le congrès de la Soummam, d’organiser la guerre de Libération nationale dans le Sud algérien.

Une mission qu’il réussira, en compagnie de grands hommes tels qu’Ahmed Chaffaï, dit Rougi, et Moh Saïd Kasmi de Makouda, avant de tomber au champ d’honneur, dans un guet-apens ourdi contre lui dans le sillage des tensions internes qu’a connue la Wilaya VI historique. La cérémonie de recueillement qui s’est déroulée sous une pluie battante a consisté en le lever des couleurs nationales, la lecture de la Fatiha, le dépôt de gerbes de fleurs et l’évocation du parcours glorieux du chahid Ali Mellah qui a réussi à donner un souffle supplémentaire à la guerre de Libération nationale en organisant la lutte révolutionnaire dans la Sahara algérien. Une minute de silence a été également observée à la mémoire de tous les martyrs de la guerre de Libération nationale et à celle de feu ancien président de la République, Liamine Zeroual, qui a tiré sa révérence dimanche dernier.

Lors de l’hommage rendu au martyr Ali Mellah, le parcours héroïque, la bravoure et l’engagement de ce valeureux révolutionnaire ont été évoqués. Le directeur local des moudjahidine et ayants droit, Fatah Hammouche, a mis en exergue le rôle essentiel qu’a joué le défunt chahid Si Cherif dans l’ouverture du front Sud, élargissant ainsi l’étendue de la guerre de Libération nationale. « Le colonel Ali Mellah est un symbole du patriotisme et de l’amour de la patrie », a-t-il indiqué, en appelant les générations actuelles et futures. « C’est un exemple à méditer par les jeunes d’aujourd’hui dans la défense de notre pays en ravivant les convictions et l’union qui existaient alors pour faire face aux ennemis de l’Algérie », a-t-il soutenu. Le colonel Ali Mellah était, à l’instar des futurs dirigeants de la guerre de Libération, « abreuvé, très jeune, des idées du mouvement nationaliste et des idéaux de liberté », soulignent d’anciens moudjahidine, rappelant qu’à l’instar des autres dirigeants de la Révolution, le colonel Ali Mellah n’était pas issu d’une génération spontanée, mais de celle élevée et éduquée dans la culture du mouvement nationaliste dès son jeune âge.

Le courage, la bravoure, l’engagement indéfectible et son amour pour la patrie ont été aussi rappelés en cette journée de commémoration. Le colonel Ali Mellah qui figure parmi les pionniers ayant répondu à l’appel du 1er Novembre 1954, fut le premier commandant de la VIe Wilaya historique (Sahara), chargé d’organiser l’action armée dans des régions vastes et difficiles sur le plan géographique.

Il était reconnu pour son génie organisationnel et sa grande capacité à fédérer les rangs, ce qui en faisait un acteur clé de la Révolution contre le colonialisme français. Il a laissé derrière lui un héritage de lutte dont les générations sont fières. La commune de Mekira, dans la daïra de Tizi Gheniff, demeure aujourd’hui encore témoin de la naissance et du parcours exceptionnel de ce héros, le colonel symbole. Selon une notice historique sur le martyr, le colonel Ali Mellah naquit le 14 février 1924 au village de Mekira, dans la daïra de Tizi Gheniff, une quarantaine de kilomètres au sud-ouest du chef-lieu de wilaya de Tizi Ouzou). Enfant, il a reçu une éducation religieuse auprès de son père, imam, qui lui a enseigné les bases de la langue arabe et lui a fait mémoriser le Coran. Il lui a également inculqué l’amour de la patrie et l’attachement aux valeurs ancestrales du peuple algérien.

Déjà tout jeune, il se rebelle contre la France coloniale et refuse d’accomplir le service militaire obligatoire. Il exerce alors comme enseignant et imam, à l’image de son père. Ali Mellah s’engage très tôt dans le mouvement national en rejoignant le Parti du Peuple Algérien, en 1945, où il devient par la suite responsable de région.
En 1947, il intègre l’Organisation spéciale (OS) et participe à ses réunions des 16, 17 et 18 février 1947. En 1949, il enseigne à Aïn Bessem sous la supervision de Krim Belkacem qui l’a désigné responsable de l’activité nationale révolutionnaire dans les villages des régions de Tigzirt et d’Azazga.

Il prend part à la réunion du 29 octobre 1954 à Ighil Imoula, destinée à préparer les groupes de moudjahidine chargés de mener les premières opérations du 1er novembre 1954, notamment à Tigzirt contre les services de police, de gendarmerie et la mairie. Le 1er novembre 1954, il dirige un groupe qui attaque la mairie d’Azazga.
Le 4 novembre, il participe avec plusieurs moudjahidine à une attaque contre un centre militaire colonial à Tizi Djemaa, près d’Aïn El Hammam. Le 14 novembre, ses hommes abattent 14 soldats français. Le 21 janvier 1955, il réussit à récupérer une importante quantité d’armes lors d’un affrontement au cours duquel il est blessé au genou.

Il est alors évacué vers Aïn El Hammam pour y être soigné tout en assurant le commandement des groupes locaux. En novembre 1955, après le départ d’Omar Idris, commandant de la région d’Aïn El Hammam, Ali Mellah prend en charge les missions militaires et mène une attaque réussie contre le centre militaire de la localité. La même année, il assure par intérim la direction de la région de Tizi-Ouzou. Grâce à ses capacités organisationnelles et à son sens stratégique, il est chargé fin 1955 de diriger un groupe de 200 moudjahidine vers la Wilaya IV afin de soutenir la Révolution.

À la suite du Congrès de la Soummam, il est nommé, sur proposition du colonel Amar Ouamrane, commandant de la VIe Wilaya avec le grade de colonel. Il œuvre alors à structurer la lutte armée dans cette vaste région saharienne aux conditions climatiques difficiles et au relief ouvert, en organisant politiquement et militairement les moudjahidine et les militants. Il tombe en martyr le 31 mars 1957, en compagnie de son secrétaire et de plusieurs membres de son état-major, dont ses adjoints, le commandant Abderrahmane Djouadi, dit Abderrahmane Aârous, Khawas Ahcène et Si Ahmed Rougi, au Djebel El Louh dans la wilaya de Médéa.

B. A.

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