Le président de la République d’Angola a affirmé, hier à Alger, que sa visite en Algérie s’inscrit dans une perspective de «consolidation durable» des relations entre les deux pays et mis en avant leur «profondeur historique» et leur «dimension stratégique».
Dans un discours prononcé devant le parlement algérien, réuni en session extraordinaire dans ses deux chambres, João Manuel Gonçalves Lourenço a souligné que ce déplacement dépasse le cadre protocolaire, pour revêtir une portée politique affirmée. Il assure que sa visite ravive un héritage historique «commun» entre l’Algérie et l’Angola, rappelant avec insistance le rôle «déterminant» joué par notre pays dans l’accession de l’Angola à l’indépendance. «L’Angola, aujourd’hui État souverain, est pleinement conscient des défis auxquels il est confronté», précisant qu’il est résolument «engagé à affronter toutes les difficultés afin de relever les enjeux liés au développement», a-t-il déclaré, en présence du président de l’Assemblée populaire nationale, Ibrahim Boughali, des membres du gouvernement, ainsi que des représentants du corps diplomatique.
Évoquant la célébration du 50e anniversaire de l’indépendance de l’Angola, organisée en novembre dernier, il a tenu à rappeler qu’il ne saurait être fait abstraction de figures historiques majeures du continent, en particulier les anciens Présidents algériens Ahmed Ben Bella et Houari Boumediène.
«Ces deux dirigeants constituent des figures emblématiques de l’Afrique avant même leur statut de chefs d’État. Le continent reconnaît unanimement le rôle qu’ils ont joué et leur contribution décisive au soutien du peuple angolais», s’est-il félicité. João Lourenço a réaffirmé que l’Algérie est perçue par son pays comme un pays «frère», un allié «sûr» et «constant», partageant avec lui un socle de valeurs communes qui constituent, depuis de nombreuses années, un «pilier fondamental» des relations «solides» entre les deux États.
Dans une perspective historique, il a rappelé que les peuples algérien et angolais ont été confrontés à la «brutalité» du colonialisme, lequel n’a pas reconnu leurs identités culturelles ni leur droit à l’indépendance, tout en exploitant leurs ressources naturelles et en tentant de les priver de toute voix sur la scène internationale. Il a, dans ce contexte, évoqué explicitement les Massacres du 8 mai 1945, soulignant la nécessité de poursuivre le combat pour la consolidation de la sécurité et de la paix, sans jamais oublier les crimes commis par le colonisateur. Le Président angolais a indiqué que, parallèlement à ce devoir de mémoire, il est impératif de définir des priorités nationales «claires», de préserver les intérêts stratégiques et de mettre en place des mécanismes «concrets» pour la mise en œuvre de partenariats «efficaces», capables de contribuer à la réduction du retard de développement. Il a également relevé l’existence d’une convergence de vues entre les deux pays, qui impose une responsabilité «commune» d’agir de manière «concertée» et «pragmatique», afin d’assumer un rôle à la fois sérieux et utile au service du développement. «Cette dynamique englobe également les enjeux globaux, notamment les questions liées au changement climatique, en tenant compte des résolutions du Conseil de sécurité et de l’Organisation des Nations unies, ainsi que la nécessité de renforcer la représentation des pays africains au sein des institutions financières internationales. Les multiples crises qui affectent le monde imposent aux États africains de s’aligner sur les normes internationales, en les érigeant en bonnes pratiques, et non en dérives susceptibles d’entraîner des conséquences graves pour l’équilibre mondial», a-t-il plaidé devant les membres du Conseil de la nation et les députés de l’APN. Abordant la question des ressources naturelles, João Lourenço a signalé que les richesses primaires de l’Afrique ont longtemps suscité la convoitise des puissances coloniales et appelé à renforcer les échanges économiques entre l’Algérie et l’Angola, précisant que les deux pays ont consolidé leur présence, grâce à cette coopération et à leur capacité à faire face aux pressions extérieures. Il jugera aussi nécessaire à ce que le continent africain «s’appuie» sur ses ressources naturelles pour «développer» une base industrielle «solide», notant que ces richesses doivent être mises «au service de l’humanité et, en priorité, des peuples africains».
Et d’ajouter : «L’objectif fondamental demeure la consécration du principe d’égalité, en rejetant toute forme de discrimination susceptible d’affecter les relations internationales. On doit œuvrer pour la cessation des conflits, notamment la guerre entre la Russie et l’Ukraine, ainsi que les crises en cours au Moyen-Orient, en Libye, en Somalie et en République démocratique du Congo, en privilégiant les solutions politiques et diplomatiques au détriment des options militaires.»
Sur le plan économique, João Lourenço assure que les relations entre l’Algérie et l’Angola puisent leur force dans un passé commun et dans un échange constant d’expertises, ce qui a contribué à faire évoluer la stratégie angolaise, notamment dans le domaine des hydrocarbures, secteur clé des exportations du pays. Il a évoqué, dans ce cadre, le rôle de la compagnie nationale Sonangol, qui développe des partenariats structurants avec Sonatrach, renforçant ainsi le positionnement des deux pays dans le secteur énergétique à l’échelle africaine. Il a affirmé que le passé commun constitue un «levier stratégique» et une base «solide» permettant de mobiliser tous les moyens disponibles en vue de construire un avenir «partagé» fondé sur la coopération.
«Les deux pays ont pleinement conscience de la responsabilité qui leur incombe dans le renforcement de leurs relations bilatérales, notamment dans des domaines structurants tels que les infrastructures, les transports, l’enseignement supérieur, la recherche scientifique et le développement technologique. Les relations entre l’Algérie et l’Angola représentent un modèle de partenariat stratégique africain, dépassant le cadre diplomatique classique, pour incarner une coopération fondée sur l’histoire, la solidarité et une vision commune, contribuant ainsi à positionner l’Afrique comme un acteur central dans la construction d’un ordre international plus équilibré et plus juste», a-t-il conclu.
K. H.