L’invisible pénibilité des femmes actives

Dans chaque foyer, au réveil, l’homme et les enfants trouvent la maison propre, les vêtements lavés, repassés et soigneusement rangés dans les armoires.

Le petit-déjeuner est prêt sur la table et, parfois, une douce odeur de brioche chaude s’échappe du four de la cuisine. Tout semble si naturel, si évident, que personne ne se demande vraiment qui a préparé, rangé, lavé, anticipé. Qui est cette main invisible qui s’est occupée de tout ? Qui est cette fée silencieuse qui veille à ce que la journée commence sans heurts ? Cette fée a un nom. C’est la femme, l’épouse, la mère ou la sœur. Mais, à force d’habitude, l’homme finit parfois par oublier que c’est sa femme qui accomplit ce travail invisible. Et les enfants oublient que cette fée, c’est simplement leur maman, qui y met une poignée d’amour et d’affection. Et, pourtant, ce sacrifice de la femme au quotidien, sans jamais se plaindre, devient, aux yeux de tous, une obligation. Elle doit se lever avant tout le monde, préparer le petit-déjeuner, vérifier les cartables, ranger la maison, avant d’enfiler son second visage : celui de la femme active. Car, aujourd’hui, la femme algérienne n’est plus seulement la gardienne du foyer. Elle quitte la maison pour rejoindre un monde du travail qui ne tient que rarement compte de la charge qu’elle porte déjà. Le soir, quand elle rentre, ce n’est pas pour s’affaisser sur le canapé, un café à la main, faisant le tour du monde au bout d’une télécommande. Pour la femme, c’est une seconde journée qui commence. La plus pénible. Les tâches ménagères, le dîner, la douche des enfants, leurs devoirs, les exigences du mari et peut-être même celles de la belle-mère, si ce n’est de toute la belle-famille. Toutes ces tâches sont accomplies dans une pénibilité invisible, non rémunérée. En contrepartie de sa fatigue silencieuse, de ses ambitions retardées et de ses rêves négociés, la femme a droit, parfois, à un regard complice du mari et au sourire innocent de son enfant. Tous ces sacrifices sont le prix à payer, pour être ce que la société appelle une «femme moderne». Car, il faut le rappeler : par le passé, les femmes n’avaient pas le droit de travailler en dehors de son foyer. Son statut a évolué, aujourd’hui, c’est un fait. Mais ce n’est pas un cadeau. Elle l’a arraché au prix de ses combats et de son labeur. Aujourd’hui, les femmes sont présentes dans toutes les sphères de la vie socio-économique. Elles étudient, dirigent, enseignent, soignent, disent le droit et protègent. Et même si certains hommes se disent fiers de leur femme qui travaille, ils considèrent encore, trop souvent, que la cuisine, les enfants, le linge et l’organisation du foyer relèvent naturellement d’elle. Comme si le salaire de la femme était moderne, mais son rôle domestique éternel. En plus de cela, elle doit continuellement faire face aux assauts de la société. À chaque instant, elle affronte une armada de vigiles embusqués dans le maquis de la morale. Même figée en statuette, elle ne peut pas y échapper. Aïn El-Fouara en est témoin. Mais qui sait… Peut-être qu’un jour, lorsque les femmes algériennes ne porteront plus seules le poids du foyer et du regard des autres, la statue d’Aïn El-Fouara cessera d’être massacrée à coups de marteau.

H. Y.

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