- Venir, servir et repartir, trois verbes que Zeroual a conjugués au plus que parfait
L’hommage populaire est à la hauteur de la grandeur de l’homme. Partout en Algérie et même au sein de la communauté nationale algérienne à l’étranger, les marques de sympathie à l’égard du défunt ancien président de la République, Liamine Zeroual, sont nombreuses et sincères. Cela ne peut être autrement concernant celui qui avait pris l’engagement –et l’avait tenu– de rétablir la paix, la légitimité et le respect des institutions, sans rien céder au terrorisme sanguinaire. Venir, servir et repartir… Trois verbes que beaucoup, parmi la population algérienne croyaient incompatibles, voire non complémentaires, tant le pouvoir aveugle certaines âmes, mais que Liamine Zeroual, a su admirablement conjuguer au plus que parfait. En acceptant la mission, redoutée et déclinée par certains, d’assumer la responsabilité de chef d’Etat à une époque où l’Etat était fragilisé, voire vulnérable, il prenait un risque pour sa crédibilité. En qualité de moudjahid et ancien cadre de l’Armée nationale populaire (ANP), il ne pouvait se dérober devant l’appel de la patrie et du devoir. Quand on ne craint pas de prendre le maquis à l’âge de 16 ans pour combattre l’occupant français, on ne craint plus rien ni personne. C’est cet idéal d’accomplir une mission patriotique que les citoyens ont sitôt perçu chez lui. Sa sobriété, sa discrétion, sa parole rare et ses actes décisifs ont considérablement nourri sa popularité à une époque où les citoyens, perdus, ne savaient plus à quel saint ni autorité se vouer.
Ayant réussi à organiser, dans des conditions sécuritaires délicates, une élection présidentielle pluraliste avec campagne électorale, meetings populaires et diversité des idéologies et des programmes, Liamine Zeroual avait fait renouer le peuple avec la légitimité. C’était un moment charnière de l’histoire du pays, un tournant vers la voie de la paix pour éviter le précipice du déclin. On se rappelle des queues de la communauté des émigrés algériens devant les consulats algériens à l’étranger pour voter et soustraire l’Algérie à la terreur et à l’incertitude. Un élan patriotique qui avait marqué les Algériens du pays et les avait encouragés à leur tour à se rendre massivement aux urnes, même dans les zones rurales, en dépit du danger terroriste.
Comment, dès lors, s’étonner que les émigrés soient parmi les plus affectés par le décès de l’ancien président de la République, avec leurs innombrables hommages appuyés sur les réseaux sociaux ? Quand on perd un ancien président de la République, c’est une part de soi qui s’en va car son nom est associé à une période, à un événement ou à un souvenir de sa propre vie.
Que dire alors d’un président qui a été la bouée à laquelle des millions de citoyens s’étaient accrochés, dans un instinct de survie, pour ne pas sombrer dans les abysses de la terreur ? C’est à l’aune de l’œuvre salvatrice de Liamine Zeroual qu’il convient de mesurer l’estime que lui vouent ceux qui avaient vécu ce contexte-là. En moins de quatre ans, il avait redonné au pays des institutions légitimes et à l’Etat, chancelant à son arrivée, une crédibilité et une stabilité. Bref, c’était l’homme de la renaissance de l’Etat à un moment où beaucoup d’ennemis extérieurs, soutenus par des traîtres masqués intérieurs, escomptaient l’effondrement de l’Algérie. Le formidable élan populaire ayant accompagné l’inhumation de Liamine Zeroual, que ce soit à Alger, où sa dépouille a été exposée, à Batna, où il a été enterré, et partout en Algérie et ailleurs, où les hommages se sont multipliés, témoigne de la gratitude de tout un peuple. On vous parle d’un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaître, mais que leurs parents, que ce temps a marqué, ont aidés à mieux connaître. Ce n’est guère un hasard si de nombreux jeunes comptent parmi ceux qui lui ont adressé un dernier adieu.
F. A.