Gara Djebilet, un géant qui se réveille : le gisement qui capte les américains

Ph.:A-Asselah
Ph.:A-Asselah

L’Algérie est en passe de devenir un acteur incontournable de la nouvelle carte minière mondiale. Et c’est cette mutation qui explique l’intérêt croissant des États-Unis.

Les Américains ont toujours considéré l’Algérie comme un géant énergétique, pour son pétrole et son gaz. Mais le pays cache bien d’autres trésors. L’intérêt américain pour les richesses souterraines de l’Algérie a fait que Washington garde, depuis quelques années déjà, un regard insistant sur les ressources minières, et plus particulièrement sur l’immense gisement de fer de Gara Djebilet.

Et avec l’annonce, en 2020, du Président Tebboune, du projet d’exploitation de ce gisement, la machine médiatique et stratégique américaine s’est emballée : presse spécialisée, think tanks, cercles décisionnels… tous scrutent ce projet avec une constance presque obsessionnelle. Que ce soit des médias spécialisés comme Bloomberg, The Wall Street Journal, Forbes ou la plateforme d’investissement américaine Energy Capital and Power, tous ont publié des analyses soulignant l’importance stratégique de la mine de Gara Djebilet, la qualifiant de «géant minier émergent» ou de «Sleeping Giant», après 70 ans d’inactivité.

Ces médias et institutions estiment que le succès de l’Algérie à relier la mine par voie ferrée représente une étape économique audacieuse, capable de rompre avec la dépendance des hydrocarbures. Mieux, l’inauguration de la ligne ferroviaire Tindouf-Béchar constitue, selon eux, un «Game Changer» en Afrique du Nord, en permettant au pays d’exporter son excédent de production d’acier. Ils mettent également en avant l’avantage concurrentiel de l’Algérie vis-à-vis de l’Europe, grâce à la proximité géographique et aux coûts de transport réduits, ce qui pourrait concurrencer les fournisseurs traditionnels d’Amérique du Sud.

Les médias américains estiment, en outre, que l’Algérie se positionne comme un pôle industriel clé pour la Méditerranée et l’Afrique, défiant les chaînes d’approvisionnement traditionnelles. Le projet est présenté comme l’un des plus ambitieux du continent, transformant des ressources naturelles inexploitées en revenus durables et réduisant les risques liés à la volatilité des prix du pétrole. L’United States Geological Survey considère l’Algérie comme un acteur mondial émergent sur le marché du fer et de l’acier, soulignant que l’infrastructure ferroviaire est essentielle, pour transformer les réserves de Gara Djebilet en production réelle.

Pourquoi, depuis des années, la presse américaine porte autant d’intérêt pour ce mégaprojet ? Parce que l’exploitation de l’un des plus grands gisements de fer au monde ne serait pas seulement une prouesse industrielle, mais une révolution pour l’Algérie et la région. C’est dire que si l’Algérie a toujours été un acteur géopolitique incontournable, elle est devenue, aujourd’hui, un acteur stratégique dans la nouvelle cartographie minière mondiale. Plusieurs rencontres ont eu lieu, ces derniers mois, entre responsables algériens et américains, dans la perspective de concrétiser des partenariats.

Début janvier, le PDG de Sonarem, Reda Belhadj, s’est entretenu avec la responsable du département commercial de l’ambassade des États-Unis en Algérie, Debra K. Martin. Par ailleurs, des groupes américains ont déjà manifesté leur intérêt pour investir dans le secteur minier algérien, riche en potentialités à valoriser, notamment en terres rares et en métaux stratégiques. Le secteur des hydrocarbures, lui, continue de renforcer l’attractivité de l’Algérie auprès des grands groupes américains. Chevron, ExxonMobil, Occidental Petroleum, Air Products ou encore Oxy figurent parmi les partenaires les plus prestigieux.

Le 14 avril 2025, Sonatrach et l’américain Occidental Petroleum ont signé deux protocoles d’accord, pour renforcer leur coopération en exploration et production. En janvier 2025, l’Agence nationale du développement des hydrocarbures (Alnaft) a scellé un accord avec Chevron pour des projets offshore, visant à accroître la production de gaz destinée à l’Europe. Cette dynamique montre que, loin de se limiter aux mines, l’intérêt américain se déploie sur l’ensemble du sous-sol algérien, dans un contexte de reconfiguration des marchés énergétiques et de la transition écologique.

Le ministre d’État, ministre des Hydrocarbures et des Mines, Mohamed Arkab, a reçu, dimanche dernier, Massad Boulos, haut conseiller du Président américain pour l’Afrique, les affaires arabes et le Moyen-Orient. Cette rencontre marque un tournant dans les relations bilatérales. L’enjeu dépasse largement les considérations économiques classiques. Dans un contexte marqué par une compétition pour les terres rares, essentielles aux technologies vertes et à l’industrie de défense, les États-Unis cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement.

L’Algérie, avec son sous-sol riche en ressources minérales largement inexploitées, représente une opportunité stratégique majeure.

Washington, longtemps focalisé sur le pétrole, scrute, désormais, le sous-sol algérien, avec la même intensité que ses médias et think tanks.

H. Y.

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