L’association Machaâl Echahid et le quotidien El Moudjahid ont organisé, hier, dans le cadre du Forum de la mémoire, une conférence historique célébrant mars, le mois des martyrs. La rencontre a été l’occasion pour rendre hommage à de nombreux martyrs de la Révolution algérienne tombés au champ d’honneur un jour des mois de mars, de 1955 à 1962.
S’exprimant à cette occasion, le moudjahid, Aissa Kacimi a, d’emblée, souligné que de nombreux chouhada sont tombés en martyr, pour libérer la patrie du joug de l’oppresseur colonial, le mois de mars. Ce qui en fait un mois hautement symbolique... Parmi eux les chouhada Mostefa Ben Boulaid, Akid Lotfi, Amirouche, Si Haouès et Larbi Ben M’hidi. Il ne faut, non plus, pas oublier Ali Boumendjel qui a été torturé et lâchement assassiné par le colonisateur. « Plus d’un million et demi de nos martyrs ont consenti au sacrifice suprême pour que vive l’Algérie libre et indépendante. » Si vous divisez, poursuit-il, ce chiffre par le nombre de jour qu’a durée la guerre de Libération nationale soit 7 ans, 4 mois et 18 jours cela vous donne 556 martyrs par jour 16.000 par mois et 200.000 par an. Il a ajouté, par ailleurs, que les femmes, enfants et vieillards étaient massacrés sans état d’âme.
« La propagande coloniale a tenté de faire passer le peuple algérien comme étant illettré et sauvage et que les Français sont venus pour le civiliser. Que nenni ! Thomas Campbell historien anglais décrivit au XIXe siècle l’Algérie en ces termes : La totalité des Algériens maîtrisaient la lecture, l’écriture et l’arithmétique. J’ai trouvé un peuple doté d’une grande civilisation et à notre arrivée, il y avait plus de 100 écoles primaires à Alger, 86 à Constantine, 50 à Tlemcen. 7 lycées entre Alger et Constantine et plusieurs universités », a-t-il souligné avant de rappeler que de nombreux autres voyageurs avaient mis en exergue le fait que l’Algérie était dotée d’une civilisation exceptionnelle qui se distingue par son raffinement et par son niveau de développement. Mettant à profit cette opportunité, Kacimi est revenu sur les paroles de l’ancien ministre et brillant négociateur à Evian dont l’écho résonne encore pour illustrer le fait que la résistance du peuple algérien contre le colonialisme a été continue : « La Force du Front de Libération National (FLN) est que la résistance algérienne à l’occupation française n’a jamais cessée du premier coup de feu à Sidi Fredj à l’indépendance ».
La confrontation entre le colonisateur français et l’Algérie, poursuit Aissa Kacimi, n’a pas durée 7 ans et demi mais 132 ans. « C’est un fait essentiel qu’il faut graver dans nos mémoires. L’ultime bataille a été la glorieuse Révolution de Novembre et il faut impérativement inculquer cela à nos jeunes», a-t-il expliqué avant d’appeler la jeunesse à être fière de ce legs. C’est une véritable médaille d’or que vous avez héritée de vos aïeux, les martyrs. La Révolution du 1er Novembre 1954 demeure, insiste-t-il, un phare qui éclaire la voie de cette frange de la population, engagée pleinement dans l'édification du pays.
« La transmission des valeurs du sacrifice aux générations montantes est en réalité un devoir sacré. C'est une responsabilité collective qui repose sur nos épaules ». Enfin, l’intervenant a rappelé la célèbre citation du chahid Didouche Mourad (1927-1955) commandant du nord-Constantinois : « Si nous venons à mourir, défendez nos mémoires ». Pour Kacimi, cette citation rappel que la mémoire de nos héros, qui ont sacrifié leur vie pour que nous puisons vivre libre, doit être perpétuée. Nous sommes donc, note-t-il, responsables et devons veiller au grain afin que leur combat pour l’indépendance et que leur loyauté ne s’oublient pas. « Notre devoir est de mettre en exergue leur courage, leur abnégation et leur sacrifice au service de leur patrie. Nous reconnaissons également notre responsabilité à préserver leur mémoire».
Didouche Mourad n’est pas une simple évocation d’un symbole national, mais un renouvellement du pacte avec la mémoire et avec une école de lutte et de sacrifice, incarnée par un leader d’exception. Il est, faut-il le souligner, tombé en martyr lors d’une bataille mémorable non loin d’oued Boukerker, où, il a inscrit dans le marbre les plus nobles valeurs de bravoure et de courage.
Chaque jour de la guerre de Libération a coûté la vie à 556 martyrs, soit 16.000 par mois et 200.000 par an, selon les calculs d’Aïssa Kacimi.
S. K.
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Ils ont dit :
Mohamed Laïchoubi, ancien ministre et diplomate : «La révolution Algérienne a changé la face du monde»
«La Révolution algérienne est considérée comme un événement majeur, qui a impacté l'histoire du monde parce que l'effondrement des systèmes coloniaux qui ont perduré des siècles avec l’hégémonie des Européens, c'est bien l'Algérie qui a fait tomber ce système de façon systémique. Il faut dire que la Révolution algérienne, au-delà des 7 ans et demi d'une guerre terrible et sanglante avec un nombre absolument incroyable de martyrs, s'inscrit dans le prolongement d'une résistance qui a duré plus de 130 ans. Aujourd'hui, la célébration des héros de la Révolution et leurs sacrifices est une excellente chose afin de préserver notre mémoire. D'ailleurs, le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, a insisté à maintes reprises sur l'idée de préserver notre mémoire nationale, considérée comme l'identité algérienne. La flamme de résistance du peuple algérien ne meurt jamais, et l'Algérie restera toujours debout. Le président a, non seulement, rappelé que l'Algérie a été toujours constante dans ses positions mais a souligné toute la portée de la Révolution considérée comme un modèle conçu pour les stratégies de guerre. La preuve, le président américain, John Kennedy, a été émerveillé devant la Révolution algérienne. Il a appelé les jeunes étudiants à faire des thèses sur la période de l'histoire moderne qui constitue une plate-forme solide pour les générations futures.»
Abbas Lahlou, moudjahid : «Notre objectif était la liberté»
«Symboliquement, le mois de mars est lié au cessez-le-feu, mais aussi et de manière irrévocable, un mars des martyrs et de nombreux chefs de la Révolution algérienne, tombés au champ d'honneur, en ce mois. L'objectif était de libérer l'Algérie du colonialisme français. Nous étions prêts à mourir pour que l'Algérie soit libre. C'est pourquoi j'adresse un message fort pour les générations futures, il faut préserver notre mémoire nationale car notre grande guerre de Libération nationale fait partie de notre histoire, de notre identité, voire notre ADN. D'ailleurs, le président de la République, a insisté sur la préservation de la mémoire nationale. La jeunesse doit continuer notre combat et s'impliquer dans le développement du pays. Il faut toujours honorer la mémoire des martyrs, les sacrifices des moudjahidine.»
Athmane Abdellouche, chercheur en histoire : «Un noble héritage à transmettre»
«Je considère que le mois de mars est le mois des martyrs. Ça a commencé avec Larbi Ben M’hidi, un grand chef de la guerre de Libération. Donc ce mois restera gravé dans la mémoire des Algériens. À ce titre, il faut toujours se rappeler l'histoire de nos martyrs en l'enrichissant d'ouvrages. Il s'agit de transmettre ce noble héritage à toute la jeunesse, y compris les jeunes de la diaspora algérienne en France et ailleurs. Cette génération doit défendre l'Algérie avec passion, sans oublier tous les amis de l'Algérie, à l'image de la figure de proue que fut Gisèle Halimi, avocate juive tunisienne. Les amis de l'Algérie et tous ceux qui l'aimaient et l'aiment toujours ont joué un rôle crucial, dans sa lutte pour l'indépendance. Concernant les ouvrages publiés sur la Révolution, je tiens à saluer un groupe de jeunes, dont fait partie ma fille, pour avoir traduit en arabe l'ouvrage d'un ancien responsable français sur la guerre d'Alger, publié en 2001 et traduit en anglais en 2006.»
Propos recueillis par Zine Eddine Gharbi