Forum d’El Moudjahid – De la production locale d’insuline au remboursement intégral : l’État au chevet des diabétiques

Ph.:T-Rouabah
Ph.:T-Rouabah

C'est dans le cadre du Forum d'El Moudjahid, des experts sont intervenus, hier, pour aborder une problématique qui touche des millions d'Algériens : la gestion du diabète pendant le mois béni de Ramadhan.

Le Forum a permis de mettre en lumière les défis sanitaires majeurs liés à cette période et d'esquisser des pistes concrètes pour un jeûne alliant spiritualité et sécurité médicale. Parmi les intervenants, le Dr. Bouab Diaeddine, endocrinologue, président de l'Association nationale des diabétologues et endocrinologues libéraux (ANDEL), et président du noyau scientifique de l'Association des diabétiques de la wilaya de Jijel, a apporté son éclairage scientifique sur l'ampleur du phénomène et les enjeux thérapeutiques.

À ses côtés, Fayçal Ouhadda, président de l'Association des diabétiques de la wilaya d'Alger, a partagé son expérience de terrain et les actions menées auprès des patients, tandis que le Dr. Faiza Khelfaoui, responsable de la commission scientifique de l'association, a insisté sur l'importance cruciale du suivi médical et de la prévention. Le Dr. Bouab, fort de son expertise en endocrinologie et de son engagement associatif, dresse un constat alarmant. Le taux de prévalence du diabète chez les 25-79 ans atteint 16% en Algérie, ce qui représente aujourd'hui plus de 4,5 millions de malades. Au-delà du nombre de patients, c'est le poids économique qui interpelle.

Le problème ne réside pas seulement dans ce chiffre, mais dans les coûts astronomiques de la prise en charge, insiste le spécialiste. Les données sont édifiantes, la Fédération internationale du diabète estime que l'Algérie dépense jusqu'à 2.000 dollars par patient et par an. Les médicaments antidiabétiques représentent 28% des dépenses de remboursement de la CNAS, soit plus du quart des médicaments remboursés. Rien que pour l'insuline, la facture annuelle s'élève à 1.550 milliards de centimes. Dr. Bouab tient à saluer les efforts de l'État. Tous les médicaments du diabète sont intégralement remboursés en Algérie.

Le président de la République a lui-même mis en avant la production locale de l'insuline. Aujourd'hui, 100% des médicaments antidiabétiques sont produits localement par des mains algériennes, et «c'est une source de fierté nationale», ce qui prouve que «l'État fait parfaitement son devoir». Cependant, cette politique volontariste se heurte à des habitudes alimentaires préoccupantes. L'Algérien consomme en moyenne 42 kilos de sucre par an, soit trois fois plus que la recommandation de l'OMS, qui fixe le seuil à 10 kilos, déplore Dr. Bouab. Par ailleurs, l'Algérien privilégie souvent l'achat de produits alimentaires bon marché, qui sont malheureusement les plus nocifs. Le spécialiste met également en cause certaines campagnes publicitaires. Côté innovations technologiques, le Dr. Bouab évoque une avancée majeure : le CGM, système de surveillance continue du glucose. «Au nom de l'Association nationale des médecins libéraux, nous avons adressé un courrier au ministre des Finances, pour demander la suppression des taxes et droits de douane sur ces dispositifs, afin de les rendre accessibles au plus grand nombre. Actuellement, leur coût reste un frein pour de nombreux patients», dit-il. De son côté Dr. Faiza Khelfaoui, responsable de la commission scientifique de l'association, rappelle un aspect fondamental de la maladie. Le diabète est un mal silencieux, souvent diagnostiqué à un stade tardif, lorsque les complications sont déjà installées.

C'est pourquoi l'importance des visites périodiques ne saurait être suffisamment soulignée. Pour Fayçal Ouhadda, président de l'Association des diabétiques de la wilaya d'Alger, les difficultés durant le mois béni sont multiples et souvent liées à des comportements à risque. Le premier problème, explique-t-il, concerne le relâchement dans la nature de l'alimentation pendant le Ramadhan, où l'on observe une véritable dérive vers des repas trop riches, trop gras, trop sucrés, consommés de manière anarchique.

Pour les patients diabétiques qui souhaitent observer le Ramadhan, plusieurs règles fondamentales doivent être respectées. Il est impératif que les patients restent en contact direct avec leur médecin tout au long du mois, insiste M. Ouhadda. Une consultation pré-Ramadhan est indispensable, pour évaluer les risques et adapter le traitement si nécessaire.

T. K.

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M. Ouhadda, président de l’association des diabétiques de la wilaya d’alger : «La publicité, un facteur clé du diabète»

Le président de l’Association des diabétiques, M. Ouhadda, a, lors de notre Forum, tiré la sonnette d’alarme sur l’impact croissant de la publicité dans l’augmentation de la consommation de produits sucrés. Il affirme que l’omniprésence des campagnes marketing pour les boissons sucrées, les confiseries et les produits ultra-transformés contribue largement à l’aggravation des problèmes de santé publique, notamment du diabète. Pour le président de l’association, cette influence constante banalise la surconsommation de sucre et rend plus difficile l’adoption d’une alimentation équilibrée. Face à cette situation, il appelle les pouvoirs publics à mettre en place des mesures plus fermes, tels qu’un encadrement plus strict de la publicité pour les produits sucrés, en particulier dans les programmes destinés aux enfants.

F. L.

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Système de surveillance continue du glucose : un prix toujours hors de portée

Les technologies de surveillance glycémique évoluent rapidement. Parmi les innovations récentes, les systèmes de surveillance continue du glucose (CGM), un dispositif électronique qui mesure en continu les niveaux de glucose dans le liquide interstitiel, c’est-à-dire sous la peau, sans avoir besoin de se piquer plusieurs fois par jour au doigt. Actuellement, le prix d’un capteur CGM avoisine 10.000 dinars, un montant conséquent pour de nombreuses familles, d’autant plus que ces capteurs doivent être remplacés régulièrement (généralement toutes les deux semaines). Le principal obstacle réside dans le fait que ces dispositifs sont importés et ne bénéficient d’aucun remboursement par les organismes d’assurance maladie. À ce jour, ils sont soumis aux droits de douane et à la TVA, ce qui alourdit davantage leur prix final sur le marché national.

F. L.

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Le diabète en chiffres

En 2025, la prévalence du diabète est estimée à 17,5% chez les adultes âgés de 19 à 79 ans, soit 4,8 millions de personnes touchées. Parmi elles, 31,7% ignorent encore leur maladie. 56.000 enfants et adolescents vivent avec un diabète de type 1 dans le pays. En incluant les adultes, ce sont 188.200 Algériens qui vivent aujourd’hui avec ce type de diabète. L’obésité demeure l’un des principaux facteurs aggravants : 74,1% des personnes diabétiques en Algérie sont en surpoids ou obèses. Par ailleurs, 36,5% des patients atteints de diabète de type 2 ne suivent pas correctement leur traitement. En 2025, près de 19 millions de boîtes de bandelettes glycémiques ont été vendues dans le pays, un volume record qui s’accompagne d’une croissance annuelle estimée à 12%.

F. L.

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