Le ruban, coupé hier au pavillon central de la SAFEX, ne marque pas seulement l'ouverture d'une foire ; il consacre une mutation profonde de l’économie nationale. Pour son 20e anniversaire, le salon Equip Auto Algeria, avec près de 500 exposants et plus de 15 000 visiteurs professionnels attendus, constitue le plus grand rassemblement régional et continental dédié à l'industrie et à l'après-vente automobile. L’événement s’est mué en une véritable ambition industrielle de l'Algérie. Sous les projecteurs de cette édition historique, le message est clair : l’Algérie ne se contente plus de consommer de la mobilité, elle s'apprête à la produire, avec une montée en puissance fulgurante de son tissu de sous-traitance. L’image d’un salon dominé par les importateurs de pièces de rechange appartient désormais au passé. Cette année, le salon affiche une statistique qui témoigne d’un basculement structurel : 65 % des exposants nationaux sont des fabricants. Ce chiffre record illustre la vitalité des producteurs locaux qui, portés par une politique gouvernementale volontariste, investissent massivement dans les lubrifiants, les pneumatiques, les batteries, ainsi que des produits techniques de haute précision. Lors de la conférence inaugurale, le commissaire du salon a souligné cette transformation avec enthousiasme. «Nous assistons à l'émergence de nouveaux acteurs dans le secteur de la vente, notamment avec le groupe Stellantis qui commence à fournir des pièces d'origine produites localement», s’est-il félicité. Pour Nabil Bey Boumezrag, cette 20e édition est celle de la maturité. «Cette année marque un tournant. Nous voyons l'ouverture de marchés internationaux, avec des entreprises comme Tsuïr, Ganil, Socle ou Anami qui participent désormais à des salons mondiaux pour établir des partenariats stratégiques. L’Algérie devient un pôle d’attractivité majeur ; des entreprises chinoises, indiennes et turques cherchent activement des partenaires algériens pour se lancer dans la production locale.» Au cœur de cette dynamique, le projet Fiat d’Oran fait figure de locomotive. L’usine de Tafraoui ne se contente pas d'aligner des chiffres de production ; elle redéfinit les standards de l'industrie lourde en Algérie. Qualifié d’activité «jeune mais impressionnante», le site enregistre aujourd'hui le taux de progression le plus élevé du groupe Stellantis à l'échelle internationale. D’une production initiale de 10 000 véhicules, l’usine vise désormais l’objectif colossal de 90 000 unités d’ici la fin de l’année. Le passage imminent au mode CKD (Completely Knocked Down) pour la production de la célèbre Fiat Panda marque une rupture technologique majeure. Ce procédé implique l’intégration du ferrage (soudure robotisée des carrosseries) et de la peinture, deux étapes hautement techniques qui garantissent une valeur ajoutée locale inédite. Le Directeur général de Stellantis El Djazair a tenu à préciser, lors des échanges en marge du salon, que cette accélération n'est qu'un début. «L’Algérie ne se contente plus d’assembler des véhicules ; elle bâtit une industrie pérenne. Le passage au CKD est une étape après laquelle d’autres paliers de progression seront franchis. Notre usine est aujourd'hui un modèle de réactivité au sein du groupe», a expliqué Salim Ramdani. Le succès de l’industrialisation automobile repose sur un écosystème de sous-traitance dense et fiable, a-t-il souligné. C’est là que Equip Auto Algeria prend tout son sens cette année.
M. M.