El Moudjahid rend un hommage solennel à Zine El Abidine Moumdji

Ph. T. Rouabah
Ph. T. Rouabah

Le bernous de l’Histoire sur les épaules d’un patriarche
Il régnait, hier dans la salle du Forum d’El Moudjahid, une solennité rare, chargée de ce poids particulier que seuls les grands rendez-vous avec l’Histoire savent convoquer. Les visages des présents, entre ferveur et recueillement, trahissaient l’émotion profonde d’un moment suspendu, où le passé et le présent se serraient les coudes pour mieux éclairer l’avenir d’une Algérie fière de ses pères. Le regard posé du directeur d'El Moudjahid sur la silhouette frêle mais droite du vétéran disait l’importance de l’événement. Il ne s’agit pas simplement d’une cérémonie protocolaire, mais d’un acte d’une reconnaissance collective envers un homme dont la vie entière s’est confondue avec les douleurs et les espérances de la Nation.

C’était l’âme même du mouvement national qui respirait parmi les invités, rappelant que la liberté ne fut pas un don, mais une conquête arrachée à la raison du plus fort. Au cœur de cet hommage, un geste puissant, chargé de symboles, vint cristalliser l’émotion. Brahim Takheroubte, Président directeur général d'El Moudjahid, s’est avancé vers le patriarche pour le revêtir du bernous.

Ce vêtement traditionnel, bien plus qu’un simple habit, a toujours été dans l’imaginaire algérien l’emblème de la dignité, de l’appartenance et de l’identité nationale immémoriale. En enveloppant les épaules de Zine El AbidineMoumdji de ce manteau séculaire, M. Takheroubte n’offrait pas seulement un signe de respect personnel, il accomplissait un rite de transmission. Il signifiait que l'Algérie, dans sa continuité, reconnaît ses héros et les revêt de sa protection et de sa gratitude, comme elle le faisait autrefois pour ses sages et ses guerriers. En honorant Moumdji, El Moudjahid honore en réalité tout un pan fondateur de l’histoire nationale celui du PPA et du mouvement national, creuset où se sont forgés les ferments de la Révolution de Novembre.

Pour saisir l’importance de cet hommage, il faut mesurer le chemin parcouru, cette «maturation» que n’a pas manqué de souligner M. Takheroubte dans une déclaration empreinte d’une profonde connaissance du fait historique. Le PDG d’El Moudjahid a en effet replacé le parcours de Moumdji dans la trame longue et douloureuse du combat algérien rappelant que «l’idée de se libérer de la domination coloniale française a toujours été l’aspiration profonde du peuple algérien ». Il a ensuite retracé l’évolution du mouvement national, de ses premières revendications réformistes, réclamant « moins d’injustice » et « l’égalité », jusqu’à l’exigence de droits politiques. M. Takheroubte a rappelé cette quête vaine de l’assimilation par certaines élites, avant que n’advienne la «déception totale».

La Seconde Guerre mondiale, selon lui, marqua un tournant décisif, celui de «la fin des illusions de régler le problème algérien par des actions politiques pacifiques dans le cadre de l’ordre colonial». C’est alors que naquirent les avant-gardes révolutionnaires, réclaamant «franchement le droit pour le peuple algérien à disposer de lui-même», avant d’entamer «le chemin périlleux jalonné par des arrestations, de la prison, de l’exil, de la torture et d’exécution». Ce chemin, Zine El AbidineMoumdji l’a parcouru. Il a été de ces «avant-gardes» qui ont su, par leur foi et leur sacrifice, transformer la revendication en révolution. En l’honorant, El Moudjahid ne célèbre pas seulement un homme, mais rappelle aux générations présentes que la liberté se mérite dans la patience, l’organisation et le courage face à l’adversité.

Tahar Kaïdi

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