Après la réussite du «Mapping Festival Algeria» : quand le Bardo devient expérience immersive

Ph.:A-Asselah
Ph.:A-Asselah

«Je suis las des musées, cimetières des arts», a écrit un jour Alphonse de Lamartine pour critiquer ces espaces où l’art serait figé. Les musées du monde entier opèrent aujourd’hui une mue remarquable et se mettent au diapason des révolutions numériques, afin de proposer une offre culturelle en harmonie avec une nouvelle génération connectée.

Le Musée national du Bardo, joyau architectural et muséal perché sur les hauteurs d’Alger, s’inscrit dans cette dynamique, s’ouvre à de nouveaux publics et redéfinit l’expérience muséale en Algérie en intégrant des technologies modernes telles que le mapping, la réalité augmentée et la réalité virtuelle. Une première initiative du journaliste et entrepreneur Mahrez Rabia, lancée il y a une dizaine d’années, avait littéralement donné des couleurs au musée. Elle avait réconcilié les Algériens avec ces institutions et offert des soirées ramadhanesques d’exception. Une décennie plus tard, un autre jeune artiste digital algérien, Samy Lamouti, a fondé et dirigé la première édition du « Mapping Festival Algeria », tenue du 22 au 28 février 2026 au Bardo. Le succès a été au rendez-vous, comme en témoigne l’affluence des visiteurs après chaque rupture du jeûne ainsi que l’écho favorable sur les réseaux sociaux. « Cette initiative s’inscrit dans la vision du ministère de la Culture et des Arts visant à moderniser l’expérience muséale en Algérie et à intégrer les supports numériques dans la présentation et la valorisation du patrimoine culturel », souligne Zouhir Harichane, directeur du musée. « Nous avons collaboré avec la jeune start-up AVEE qui a fait connaître cette technologie. Ça nous a permis de promouvoir notre musée. Cette collaboration est gagnant-gagnant », ajoute-t-il. La préservation du patrimoine étant une priorité, le recours aux supports virtuels ne présente aucun risque pour la bâtisse ni pour les collections, comme le rassure le directeur.

Monument historique national

La villa, construite sur les hauteurs d’Alger à la fin du XVIIIe siècle par un riche Tunisien exilé, Mustapha Ben Omar, servait de résidence d’été pour l’accueil des notables de l’époque. Elle passa ensuite entre plusieurs mains : l’amiral Maurice Exelmans en 1830, le général Valentin Auguste Lichtlin en 1846, l’officier et peintre paysagiste Prosper Baccuet en 1851, M. Grauby en 1868, puis Mme Aziza Fao, fille du marchand juif Joseph Cohen-Bacri, en 1874. En 1875, la villa devint la propriété d’Ali Bey Bouakkaz, agha de Biskra, qui la revendit en 1879 à Pierre Joret, dernier occupant des lieux. À son décès, sa sœur, Mme Frémont, céda la villa du Bardo à l’État français en 1926. Celui-ci la transforma en musée d’ethnographie et d’art indigène, inauguré en 1930 à l’occasion du centenaire de la colonisation. Le musée devint ensuite musée de préhistoire et d’ethnographie, sous l’impulsion de son fondateur et premier conservateur, le préhistorien Maurice Reygasse, avant d’être érigé en musée national du Bardo en 1985 et classé la même année monument historique.

Trésor archéologique et ethnographique

Le Musée national du Bardo est intimement lié à la préhistoire, grâce aux remarquables collections archéologiques, anthropologiques et paléontologiques qu’il abrite. Ses séries de gravures rupestres, ses collections préhistoriques et certaines pièces ethnographiques constituent des documents uniques révélant la richesse du patrimoine national à travers les âges. Tin Hinan, reine mythique des Touaregs du IVe siècle, y est représentée par un squelette conservé ainsi que par un riche mobilier funéraire composé notamment de bijoux en or et en argent, témoignant de l’importance du personnage. Les collections ethnographiques sont organisées par thèmes : instruments de musique, armes et harnais utilisés lors des révoltes du XIXe siècle, costumes, objets en dinanderie et en bois, bijoux en argent, poteries modelées provenant des différentes régions rurales d’Algérie, ainsi que l’art du tissage. Le musée accueille actuellement l’exposition « Mémoire en pierre : l’art rupestre, un art d’un autre temps » où des techniques immersives sont proposées au visiteur. Ouvert tous les jours, sauf le dimanche, de 9 h à 17 h, l’accès au musée coûte symboliquement 200 DA.

K. B.

Multimedia