Les travaux du huitième symposium de l’Association algérienne de l’industrie du gaz (AIG) se sont ouverts hier au Centre des conférences Mohamed-Ben Ahmed d’Oran, rassemblant plus de 700 participants, parmi dirigeants d’entreprises, experts, chercheurs et représentants de filiales de Sonatrach et Sonelgaz.
L’événement a également accueilli des acteurs internationaux, dont l’Union internationale du gaz et l’Organisation des pays africains producteurs de pétrole. Sur deux jours, conférences et tables rondes se concentreront sur les enjeux majeurs du secteur : le rôle du gaz naturel dans la sécurité énergétique, la transition vers une industrie bas carbone, les perspectives offertes par l’hydrogène, ainsi que les innovations technologiques et la digitalisation pour améliorer l’efficacité des chaînes de production. Un salon technique, réunissant plus de 25 entreprises et 10 start-up, complète le programme, offrant un espace d’échanges et de promotion des meilleures pratiques. Fondée en 1993 par Sonatrach et Sonelgaz, l’AIG s’impose comme une plateforme stratégique pour fédérer les professionnels et accompagner l’Algérie dans sa transition énergétique durable.
Numérisation, hydrogène et capital humain : les piliers de l’avenir du gaz algérien, selon le Pdg de Sonatrach
L’avenir de l’industrie gazière algérienne repose sur l’intégration des technologies modernes, notamment la numérisation, la transition énergétique vers des sources renouvelables et propres, ainsi qu’un investissement constant dans le capital humain, a indiqué le Pdg de Sonatrach et président du l'Association internationale du gaz (AIG). Selon Noureddine Daoudi, le gaz naturel demeure un pilier stratégique capable de garantir la sécurité énergétique et de renforcer la position de l’Algérie sur les marchés mondiaux. «La réussite de ces transformations ne peut se faire sans un investissement durable dans le capital humain, qui reste la pierre angulaire de tout progrès industriel et technologique», a-t-il affirmé dans l’allocution d’ouverture, lue en son nom par Ferhat Onoughi, vice président de Sonatrach, en charge du Business développement et du marketing. Il a mis en exergue, à cette occasion, les défis liés aux évolutions rapides de l’industrie énergétique mondiale. «Les acteurs du secteur gazier doivent aujourd’hui accompagner les technologies modernes, en tête desquelles la digitalisation et l’intelligence artificielle, dont le rôle est central pour améliorer la performance industrielle, assurer la durabilité des infrastructures et optimiser l’efficacité opérationnelle». Il a également insisté sur l’importance d’investir dans les compétences humaines : «Les talents qualifiés, capables d’innover et de suivre les évolutions scientifiques et technologiques, représentent la véritable richesse sur laquelle repose la durabilité du secteur énergétique et le renforcement de sa compétitivité», a-t-il précisé. Abordant le thème central du forum, «Gaz naturel et hydrogène : l’innovation pour un développement durable et flexible», Daoudi a rappelé que le gaz naturel conserve un rôle stratégique face aux défis mondiaux : «Il s’agit d’un élément clé pour garantir la sécurité énergétique et la stabilité des approvisionnements à l’échelle internationale, tout en équilibrant les besoins de développement économique avec la transition vers un système énergétique plus durable». Il a ajouté que les expériences récentes démontrent que «le gaz naturel reste une pierre angulaire pour stabiliser les marchés de l’énergie, grâce à sa flexibilité, sa faible empreinte carbone par rapport aux autres sources fossiles, et sa capacité à intégrer les énergies renouvelables dans un mix énergétique sûr et équilibré». Le Pdg de Sonatrach a souligné le rôle futur de l’hydrogène, notamment l’hydrogène bas carbone, comme un vecteur prometteur pour la coopération internationale et l’investissement dans les technologies propres. Selon lui, «il offre aux pays producteurs de gaz naturel des opportunités stratégiques pour développer de nouvelles chaînes de valeur et renforcer leur position sur les marchés énergétiques futurs». Évoquant l'événement, le responsable estime que ce forum comme «un rendez-vous scientifique et industriel majeur, un espace de référence pour discuter et échanger sur les enjeux stratégiques de l’industrie gazière, tant à l’échelle régionale qu’internationale», a-t-il conclu.
A. S.
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -
Stratégie et géopolitique : «L’Europe, un débouché gazier à anticiper»
Dans sa communication intitulée «Réflexion à propos de l'avenir de notre principal débouché gazier», Sadek Boussena, ancien ministre de l’Énergie, de l’Industrie et des Mines, a livré une intervention marquée par une analyse pointue des perspectives énergétiques et du positionnement de l’Algérie sur les marchés internationaux. Dans un contexte mondial instable et imprévisible, l’expert qui a également dirigé Sonatrach a immédiatement replacé le débat. La croissance économique ralentit, les échanges commerciaux se tendent, et les cadres régulatoires de l’Organisation mondiale du commerce sont soumis à de fortes pressions.
Face à cette fragilité, les certitudes d’hier ne tiennent plus, rendant les projections classiques incertaines. Pour autant, l’Algérie dispose de leviers stratégiques solides. Selon Boussena, le pays bénéficie de réserves énergétiques significatives, de coûts de production compétitifs, d’une expérience ancienne dans la commercialisation du gaz et d’une proximité géographique avantageuse avec l’Europe. À cela s’ajoutent un savoir-faire contractuel et une maîtrise des mécanismes d’exportation, des atouts précieux pour asseoir la compétitivité du gaz algérien sur le marché européen. L’exposé a également mis en lumière l’importance des nouvelles filières énergétiques, notamment l’hydrogène et les énergies renouvelables.
L’enjeu est d’imaginer un modèle hybride combinant gaz naturel et énergies propres, capable de répondre aux exigences de durabilité et de sécurité énergétique tout en restant économiquement viable. Boussena a insisté sur la nécessité d’intégrer les scénarios de rupture dans toute stratégie prospective. La chute de l’Union soviétique ou la guerre en Ukraine montrent que les événements imprévisibles peuvent bouleverser les équilibres mondiaux. Dans ce contexte, la planification énergétique ne peut se contenter d’un schéma unique : élaborer des scénarios alternatifs et plans de secours devient un impératif stratégique pour anticiper les chocs et renforcer la résilience.
A. S.