De retour après plus de dix ans d’absence, la Société algérienne de rétine (SAR) a tenu, jeudi et vendredi derniers à Alger, sa 6e journée, marquant ainsi la reprise de ses activités avec l’ambition de remettre la santé rétinienne au centre des priorités médicales en Algérie. À cet effet, la professeure Nadia Ouslim, présidente de la société, également cheffe de service d’ophtalmologie à l’EHS d’Oran, a insisté sur l’importance de cette relance. « Ce n’est pas seulement une réunion scientifique.
C’est une dynamique nouvelle que nous voulons insuffler à la rétinologie en Algérie », a-t-elle expliqué. Placées sous le thème des innovations dans les pathologies rétiniennes, les deux journées ont réuni des experts nationaux et des spécialistes étrangers autour des avancées en diagnostic, en imagerie et en traitements, qu’ils soient médicaux ou chirurgicaux.
« Le véritable défi réside dans le caractère souvent silencieux de ces maladies. Le patient ne ressent rien jusqu’à un stade avancé », alerte la professeure. Rétinopathie diabétique, dégénérescence maculaire liée à l’âge ou au décollement de la rétine figurent parmi les principales causes de perte de vision.
« Dans la majorité des cas, cette cécité est évitable grâce à un dépistage et une prise en charge précoces », a-t-elle insisté. La spécialiste met également en garde contre l’ampleur du phénomène à l’échelle mondiale. « Deux personnes perdent la vue chaque minute à cause de la rétinopathie diabétique. Un fléau d’autant plus préoccupant qu’il peut être maîtrisé grâce à un suivi régulier et un bon équilibre du diabète », a-t-elle souligné. Face à cette situation, la sensibilisation du public devient indispensable.
« Le rôle des médias est crucial pour sensibiliser le grand public. Il faut faire passer ce message, ces maladies sont graves, mais évitables », a affirmé la présidente de la SAR. Elle a rappelé aussi que « plus on agit tôt, plus on préserve la qualité de vie du patient ». Sur le terrain, des avancées sont déjà visibles. « En Algérie, la majorité des pathologies rétiniennes est désormais prise en charge », a-t-elle insisté. Et d’ajouter : « Certains services assurent même des délais d’intervention très courts, notamment pour les décollements de rétine, considérés comme des urgences chirurgicales ». Mais ces progrès restent inégaux selon les régions, reconnaît la professeure.
Pour y remédier, la Société algérienne de rétine mise sur la formation continue, le partage d’expertise et le développement de partenariats. Même constat du côté de la cheffe de service au CHU d’Annaba et Secrétaire générale de la SAR. « La relance de la société intervient à un moment charnière. La rétine constitue un véritable enjeu de santé publique en Algérie. Ces pathologies touchent toutes les tranches d’âge et exigent une organisation solide, tant en matière de prévention que de prise en charge », a expliqué la Pr. Faouzia Boulaneb qui met toutefois en avant les efforts récents portant sur l’amélioration des équipements hospitaliers, montée en compétence des praticiens et développement de l’industrie pharmaceutique nationale.
Pour la SG de la SAR, la priorité est de structurer une stratégie nationale. « Il est impératif de définir une feuille de route et de parvenir à un consensus afin de garantir à tous les patients, où qu’ils se trouvent, une prise en charge équitable et efficace ». Au-delà des enjeux médicaux et techniques, l’approche est également économique et sociale.
R. B.